Le génie du Judaïsme, par Bernard-Henri Lévy (La Libre, le 15 février 2016)

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« Bernard-Henri Lévy, avec son livre L’Esprit du Judaïsmecélèbre son apport à la beauté et au droit humain. Et explique ses actions sur le terrain par la fable de la baleine et du prophète Jonas. »

Un article paru en Belgique, dans le journal La Libre, qui qualifie l’ouvrage du philosophe comme d’un « livre d’admiration et d’amour ».

« Bernard-Henri Lévy fait pour le judaïsme ce que Chateaubriand a fait pour le christianisme : proclamer son génie. Comme le vicomte breton, le petit-fils d’un rabbin sépharade s’était éloigné de la religion de ses pères pour, devant les dérives de ce qui prétendait la remplacer, y revenir. Ivresse de Mai 68: tout semblait permis, puisque « le feu de Dieu était éteint ». Mais bientôt le jeune philosophe s’est demande si l’humanité pouvait se passer de dieux, et si, en destituant le plus grand, la pensée occidentale ne faisait pas revenir les dieux païens de la Race et de l’Histoire, de la Nature rénovatrice et de la Technique sans limite, « dont il avait fallu toute la force du monothéisme pour endiguer l’envahissante et sanglante présence ». Il écrivit alors « Le Testament de Dieu » (1970).

Aujourd’hui, B.-H. Lévy revient sur le sujet parce que l’antisémitisme lui semble devenir une « religion planétaire » sous trois formes : l’antisionisme, le négationnisme et la compétition victimaire (et les millions de morts du Goulag, de Mao, du Cambodge, etc.). Si, face à cette convergence, les juifs d’aujourd’hui ne craignent plus de s’affirmer comme tels, contrairement à leurs pères, c’est parce qu’ils ont globalement compris, explique Lévy, que c’est en se cachant qu’on se désarme.

Trois hommes en France y ont grandement contribué : Emmanuel Levinas, qui a rappelé qu’il y avait autant de pensée dans le Talmud que dans les dialogues de Platon; Albert Cohen, qui dans « Belle du Seigneur » a créé en Solal le premier juif solaire et beau de l’imaginaire romanesque français; Benny Lévy, le leader maoïste de 68 et secrétaire de Sartre, qui, substituant à son projet révolutionnaire l’itinéraire messianique tracé dans la Torah, provoqua ce qu’on peut appeler la « conversion » de l’auteur de « La Nausée ».

Cela dit, B.-H. Lévy développe en des pages admirables combien le judaïsme a partie liée avec la culture de la France.

A commencer par Rachi, qui vivait à Troyes au XP siècle: il a truffé ses commentaires du Talmud de centaines de mots français arrachés à la vie de tous les jours (ustensiles, agriculture, techniques) et absents de ce fait des écrits en latin qu’écrivaient ou reproduisaient les moines copistes. Aux XVI et XVII siècles, les juristes européens ont cherché dans la Bible des principes de droit public et des fondements aux libertés civiles. En littérature, Marcel Proust a entretissé « La Recherche » d’idées empruntées à son inconscient judaïque. Trois exemples parmi d’autres.

Dès lors, B.-H. Lévy estime que le judaïsme n’est pas moins pétri dè liberté et de beauté que le christianisme célébré par Chateaubriand, et qu’il a contribué avec le christianisme à l’intégration dans la civilisation occidentale de l’idée que les hommes formés à l’image de Dieu étaient par là-même dotés de droits. Enfin, il s’élève contre la notion de « peuple élu » dérivée d’une fausse interprétation de l’élection divine: Dieu au Sinaï qualifie Israël de « peuple-trésor » parce qu’il s’est ouvert à Sa parole. Le pacte qui les lie depuis lors n’est pas un cadeau. Il est beau d’être juif, note l’écrivain, mais aussi difficile !

Dans la seconde partie de son livre, B.-H. Lévy s’étend longuement sur ses engagements sur le terrain, du Bangladesh à Sarajevo, de Kiev à la Libye. Et révèle que c’est l’histoire de Jonas qui l’y a poussé. Souvenons-nous. Jonas est envoyé par Dieu à Ninive pour inciter ses habitants à se repentir dè leurs fautes. Mission impossible, estime Jonas. Il s’enfuit sur un bateau, mais Dieu le rattrape: il passe trois jours dans le ventre d’une baleine qui le ramène au rivage. Cette fois, il se rend à Ninive…

Jonas est le seul prophète d’Israël que Dieu envoie aux habitants d’une grande ville païenne, proche de l’ac- tuelle Mossoul. C’est donc qu’il s’adresse à tous les hommes et pas seulement à son peuple-trésor ! Et s’il finit par épargner Ninive, c’est qu’il est bien un Dieu miséricordieux, faisant mentir la « sotte image » d’un Dieu vengeur et cruel véhicule par le Moyen Age. A l’image de Jonas, B.-H. Lévy s’est engagé auprès de plusieurs peuples, y compris musulmans, voire antisémites, non pour les convertir au judaïsme mais aux valeurs dont le judaïsme est porteur. A travers son itinéraire personnel, Bernard-Henri Lévy a déployé un bel et fervent éloge du génie du judaïsme. »


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