1992 – 1997

Avec Le Jugement Dernier, BHL devient dramaturge. Présentée au Théâtre de l’Atelier dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli, cette pièce brosse un vaste tableau du XXe siècle : communisme, nazisme, polpotisme – tous les grands délires du siècle y apparaissent. La parution du quatrième volume de Question de Principe (Idées fixes) réunit une nouvelle série d’articles notamment consacrés à l’Europe postcommuniste, à la guerre du Golfe, à l’Affaire Touvier ainsi qu’à rendre hommage aux maîtres-à-penser disparus : Roland Barthes, Louis Althusser, Jacques Lacan.

En 1993, il divorce de Sylvie Bouscasse et épouse en juin l’actrice Arielle Dombasle. Le mariage a lieu à la Colombe d’Or à Saint-Paul de Vence. Ses deux témoins sont Jean-Paul Enthoven et Gilles Hertzog. Les Hommes et les Femmes, conversations sur l’amour avec Françoise Giroud paraissent à ce moment-là chez Olivier Orban.

La même année, François Mitterrand le nomme Président du Conseil de Surveillance de la Sept-Arte. Il y retrouve son vieil ami, vice-président du Conseil, le producteur de cinéma Daniel Toscan du Plantier, qui décédera en 2003. Commencent aussi là un compagnonnage et une amitié avec celui qui incarne et incarnera longtemps la chaîne : Jérôme Clément. Il commence également son bloc-notes hebdomadaire dans Le Point, et organise, à travers La Règle du Jeu, la visite « sauvage » du Président Izetbegovic à Paris. Puis, pour le même Izetbegovic, une tournée en Europe.

De septembre 1993 à mars 1994, Bernard-Henri Lévy se voue presque exclusivement au tournage du film Bosna!. Tourné sur les lignes de front autant que dans Sarajevo assiégée, dans le feu des batailles autant que dans les caves où survivent les civils martyrisés, ce film est un témoignage unique sur la tragédie de la Bosnie. Aux côtés de Bernard-Henri Lévy dans cette aventure, Gilles Hertzog, compagnon de tous ses voyages et co-scénariste du film, ainsi qu’Alain Ferrari, co-réalisateur. Le film est produit par les Films du Lendemain, société de production créée, pour l’occasion, par André Lévy, son père, associé à François Pinault. Il sera sélectionné par Gilles Jacob, au Festival de Cannes, dans la section « Un certain regard ».

Dans la foulée de son film, en mai 1994, soumis aux questions des journalistes Albert du Roy et Alain Duhamel lors d’une mémorable « Heure de Vérité » (la grande émission politique, à l’époque, de la télévision française) BHL lance l’idée d’une « Liste Sarajevo » pour les élections européennes. Cette annonce et cette Liste contribuent puissamment au mouvement d’opinion en faveur de la Bosnie. Jugeant néanmoins que les exigences formulées par la Liste ont été prises en compte par les grands partis traditionnels, Bernard-Henri Lévy prône le retrait et la dissolution de la liste. Certains, tels Léon Schwartzenberg, Marina Vlady ou l’Amiral Sanguinetti, refusent le retrait et prennent la responsabilité d’aller jusqu’à l’élection.

Avec Alain Finkielkraut, André Glucksmann, Jacques Juillard, Pascal Bruckner, et quelques autres, il fonde alors le CRI (Comité de Réflexion et Intervention) protestant contre les massacres en cours, non seulement en Bosnie, mais aussi en Algérie et au Rwanda. A l’automne 1994, inspiré par ses engagement, Bernard-Henri Lévy publie un un nouvel essai, La pureté dangereuse (Grasset) où il théorise le concept d’une volonté de pureté qui se manifeste aussi bien dans la folie identitaire des Hutus au Rwanda que dans la purification ethnique en Bosnie…

En 1995, il publie le cinquième volume des Questions de principe, puis l’année suivante Le Lys et la Cendre, Journal d’un écrivain au temps de guerre en Bosnie. Outre un fervent plaidoyer pour la Bosnie, on trouve dans cet essai des croquis pris sur le vif de Margaret Thatcher, du Pape Jean-Paul II, de François Mitterrand ainsi que de belles évocations d’André Malraux.

En 1997, Bernard-Henri Lévy tourne au Mexique Le Jour et la Nuit, coécrit avec Jean-Paul Enthoven, et joué, entre autres, par Alain Delon, Arielle Dombasle et Lauren Bacall. Il figure en sélection officielle au Festival de Berlin 1997. Mais connaît un échec commercial et critique retentissant.

Après le « bide-bang » de ce film, Bernard-Henri Lévy part à Tanger et y écrit Comédie (Grasset), le plus personnel de ses essais où il se moque de ce qu’il appelle sa « marionnette » et se livre à une autocritique grinçante de « BHL ». Comédie est, aussi, une analyse lucide de la « société du spectacle » ainsi que de l’affaire Gary/Ajar. Dans cette confession émouvante, l’auteur jette le masque. « Autoportrait, dit-il, pas autofiction », « non pas mise en scène, mais mise en question ».


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