24 heures avec BHL (Gala, 24 juillet 2013)

Bhl gala 1 Bureau

Pour la première fois, Bernard-Henri Lévy nous ouvre les portes de son fief de Saint-Paul-de-Vence. Sa maison, La Colombe d’Or, la Fondation Maeght, où il propose une exposition. Visite guidée.

Gala : On connaît le philosophe, l’homme de combat, vous voilà commissaire d’une exposition à la Fondation Maeght. Quel plaisir avez-vous trouvé à ce nouveau défi ?
Bernard-Henri Lévy : L’homme de combat est toujours là ! Mais j’ai trouvé du plaisir, c’est vrai, à être du côté de la vie, alors que l’actualité est si souvent du côté de… la mort. Quelle chance de pouvoir passer deux ans au milieu de la beauté du monde, dans cet espace intemporel qui est celui de l’art ! Quelle joie d’avoir pu monter cette exposition, autour du thème de la Vérité, comme je l’aurais fait pour un livre ou pour un grand film d’aventures.

Gala : Comment résumeriez-vous le scénario de ce film d’aventures ?
Bernard-Henri Lévy : Le fond de l’affaire, c’est cette très profonde méfiance de l’Occident à l’endroit des images. Je raconte la façon dont les artistes et, au-delà des artistes, l’humanité en général ont essayé de surmonter cette phobie, cette peur, parfois cette haine, de l’image. Elle prend, cette haine, deux formes. Soit plus d’image du tout. Soit trop d’images, une profusion idiote et cancéreuse d’images. Mais c’est, évidemment, la même chose.

Gala : On vous a souvent reproché d’être un homme d’image, justement. C’est quelque chose que vous assumez ?
Bernard-Henri Lévy : Ceux qui m’ont reproché cela sont du côté, justement, de cette peur de l’image. Ce sont des puritains, des pudibonds, les héritiers falots du platonisme et de son rêve d’une pensée sans image, sans corps, sans chair. Or c’est beau, l’image. C’est bien. C’est fécond. Et je n’ai jamais craint, c’est vrai, la dénaturation qu’elle pouvait imprimer à ce que j’ai à dire.

Gala : Jacques Chirac voulait faire de vous son ministre de la Culture, vous avez refusé. C’était pourtant un moyen de « réparer le monde», vocation principale de la philosophie, selon vous. gala 3
Bernard-Henri Lévy : Sûrement. Mais chacun son tempérament. Et je serais, moi, absolument incapable de remplir de rôle. Je suis un homme d’écriture et de liberté. J’ai passé mon temps, depuis quarante ans, à définir mon calendrier, mes urgences, cequi mérite d’être traité ou pas, etc. J’ai passé ma vie à me missionner moi-même.

Gala : Vous avez un mode de vie très nomade, vous ne passez jamais plus d’un mois dans un endroit, et pourtant vous revenez inlassablement ici, à Saint-Paul. Qu’est-ce qui vous attache à ce lieu ?
BHL : Je venais ici dans l’enfance. Nous allions, avec mes parents, en vacances au Cap d’Antibes. Et la Fondation Maeght, à Saint-Paul, faisait partie de nos pèlerinages obligés. Ma mère aimait la littérature et l’art. Si je suis devenu écrivain d’une part, et si je peux, d’autre part, rassembler aujourd’hui, à Saint-Paul, ces 160 œuvres magnifiques, c’est à elle, ma jolie maman, que je le dois. De nombreuses années après, j’ai pris moi-même mes quartiers dans ce village de Provence. J’y ai acheté une maison.

Gala : Vous y venez beaucoup ?
BHL : Plus, en tout cas, que partout ailleurs. Si je pense « ma maison » (ce qui n’est pas tellement mon genre !), c’est à elle, cette maison de Saint-Paul, que je pense. Car qu’est-ce qui, au fond, vous attache à un lieu? Pas les racines. La mémoire. Or il y a là, donc, la mémoire de l’enfance. Celle des amis, comme Yves Montand et Jorge Semprun, que je voyais ici et avec qui nous avons, si souvent, à la Colombe d’Or, refait le monde…

PEINTURE, PHILOSOPHIE ET VERITE
New York, Paris, Tel Aviv, Venise… BHL, commissaire d’exposition pour la Fondation Maeght, a parcouru le monde pendant deux ans pour réunir 160 oeuvres rares. Et mettre en scène les rapports entre la philosophie et l’art, parfois rivaux, parfois alliés. Un itinéraire en sept séquences. Passionnant.

Gala : Il y a aussi la mémoire de l’amour, puisque c’est ici que vous vous êtes marié.
BHL : Bien sûr !

Gala : C’était il y a vingt ans. C’est important pour vous que les choses soient installées dans la pérennité ?
BHL : Je n’ai pas, spécialement, le culte des choses qui durent. Elles durent quand elles doivent durer. Et, alors, c’est magnifique.

Gala : C’est un anniversaire que vous allez célébrer ?
BHL : On verra. Je n’aime pas parler de ma vie privée, vous savez.

gala 4Gala : On vous a comparés à Scott et Zelda Fitzgerald, version Tendre la nuit, ce rapprochement vous sied-il ?
BHL : Ca dépend. Etre comparé à Scott Fitzgerald, pour un écrivain, c’est le plus beau compliment qui soit. Mais, pour un homme et une femme, c’est plus compliqué. Car enfin, la vie de Scott et Zelda ne s’arrête pas aux Années folles et à la Côte d’Azur ! C’est, aussi, une histoire de démolition réciproque et presque de damnation mutuelle ! Passeport pour l’enfer… Destin funeste… Je ne prends pas.

Gala : Vous travaillez beaucoup en vacances ?
BHL : Je ne suis jamais en vacances ! Ou, plutôt, être en vacances, pour moi, c’est avoir tout mon temps pour écrire. Et, c’est, donc, travailler plus que jamais et, en tout cas, plus qu’à Paris. Ici, je me lève à l’aube. Je fais une vague revue de presse, devant un café, sur la terrasse de ma chère Colombe d’Or. Je retourne travailler. Je nage, trois quarts d’heure, parfois un peu plus, avant le déjeuner. Je retravaille jusqu’au dîner, avec juste une interruption pour appeler mes amis, mes enfants. Une vie assez monacale.

Gala : Cela doit être difficile pour votre entourage de ne pas pouvoir plus profiter de vous ?
BHL : Mon entourage, comme vous dites, sait que l’écriture passe avant le reste, que ça gouverne mon emploi du temps et même mon humeur. Je suis heureux quand les pages de la veille sont bonnes. Je me sens mélancolique quand la phrase vient moins bien. Tout petits, mes enfants l’ont compris. Ma fille Justine est devenue écrivain. Elle a dû penser que cette manière d’être n’était pas complètement absurde, puisque c’est devenu la sienne.

Gala : Vous ne cultivez pas l’art d’être grand-père ?
BHL : Vous êtes sûre qu’être grand-père soit un art ? Je suis convaincu, moi, que Victor Hugo a fini par regretter ce mot un peu… hardi !

Propos recueillis par Candice Nedelec

Photo 1 : BHL dans son bureau à Saint Paul de Vence (c) Alexis Duclos
Parmi les œuvres retenues, un Lénine d’Arman (à droite, photo 2 ), ou La Datcha, de Gilles Aillaud (derrière BHL photo 3 à gauche), Edouardo Arroyo, Francis Biras, Lucio Fanti, Fabio Rieti. (c) Alexis Duclos.


Les Aventures de la Vérité. Peintures  et philosophie : un récit. Jusqu’au 11 novembre 2013. Fondation-maeght.com. Téléphone : 04-93-32-81-63


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