Affaire BHL : Tunisiens, encore un effort pour être démocrates !

Photo Suède 1Les partis politiques et les pouvoirs exécutifs n’auraient pas dû suivre et approuver, dans une dérive populiste, la foule partie «dégager» Bernard Henri Lévy.

Par Slaheddine Dchicha, universitaire franco-tunisien, sur Kapitalis.

La polémique et les réactions soulevées par l’arrivée de Bernard-Henri Lévy en Tunisie, au moment où la démocratie est en train d’y naître dans la douleur et aux forceps, suscitent un sentiment de malaise pour ne pas dire plus chez tout démocrate et ce, même s’il s’oppose farouchement aux actions et aux idées de l’intellectuel français. N’étant pas contraint à un visa et ne faisant l’objet d’aucune poursuite et d’aucune interdiction, Bernard Henri Lévy (BHL) a le droit de voyager et de séjourner en Tunisie comme le ferait n’importe quel touriste ou n’importe quel voyageur. Or, une foule hostile à sa visite est venue l’attendre à l’aéroport de Tunis-Carthage avec le désormais fameux «Dégage!» Et comme échos institutionnels à ces réactions, Nida Tounis, Ennahdha et la présidence de la république ont, chacun de son côté et à sa manière, déclaré n’être pour rien dans la venue de BHL et n’avoir aucune intention de le rencontrer. Et pour ne pas être en reste, le gouvernement tunisien procédera «à l’ouverture d’une enquête pour déterminer la partie qui a invité cet homme…».

Reproches et attributions

Que reproche-t-on à M. Lévy? D’abord, son rôle en Libye, son sionisme et soutien à Israël. A ce titre, une bonne partie de l’humanité serait indésirable en Tunisie. En tout cas la majorité des Américains et une large proportion des Européens.

En outre, qui a habilité ces individus à juger les actions et les opinions de BHL? Peuvent-ils être juges et parties? Ne sommes-nous pas là face à l’arbitraire? Cela ne nous rappelle-t-il pas les auto-proclamés protecteurs de la révolution qui stigmatisent à tout va et n’hésitent pas à se faire justice? Ensuite, ses intentions. Sa visite est «suspecte», il serait mû par de mauvaises intentions : «saboter la démocratie naissante, semer la zizanie et détruire le pays voire toute la région».

Ce délire paranoïaque procède par attribution. Il prête à BHL des intentions – mauvaises bien sûr – et un pouvoir disproportionné! Peut-on condamner quelqu’un pour ses intentions surtout lorsque ces intentions lui sont attribuées? «Si ce n’est toi, c’est donc ton frère», dit le fabuliste.

Ethique du «dégage»

Les partis politiques et les pouvoirs exécutifs n’auraient pas dû suivre et approuver, dans une dérive populiste, la réaction de cette foule partie «dégager» M. Lévy. Car ce faisant, ils ont jeté de l’huile sur le feu et contribué à la légitimation-banalisation du «dégage». Or, il doit y avoir une éthique et non pas s’ériger en juge et décider de dégager quiconque. Sinon, ce serait la jungle, le règne de l’arbitraire et des milices à l’instar des Ligues de protection de la révolution (LPR). Et nous serions à mille lieues de la démocratie ! Car, comme l’explique Terry Davis, «la démocratie est davantage qu’un code électoral. C’est un code de comportement, une attitude et un état d’esprit».


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