Affaire Mila : un appel afin de « prendre la mesure de la gravité de la situation », signé par BHL (Marianne)

Mila et son avocat Richard Malka au Tribunal de Paris.

Une vie entre parenthèses. Voilà ce à quoi a droit la jeune Mila. Des citoyens refusent cet état de fait et lancent un appel afin de « prendre la mesure de la gravité » de la situation.

Des citoyens sans rattachement partisan, associatif ni religieux ont rédigé cet appel en réaction au harcèlement et aux menaces de mort que subit en France la jeune Mila. La justice a commencé son travail après que 100 000 messages à caractère violent dont 50 000 appels au crime et menaces de mort ont été expédiés à Mila. Le début du procès de ses harceleurs il y a quelques jours a déclenché contre elle une nouvelle avalanche de haine et de menaces en ligne.

La liberté d’expression comme de croire ou de ne pas croire ne saurait relever en France du bon vouloir de meutes qui imposent de faire silence tout en revendiquant le droit de menacer de mort quiconque ne partagerait pas leur mode de vie et critiquerait leurs croyances.

PENSER LIBREMENT SANS CRAINTE

Se taire ou mourir : ce n’est pas notre conception de la religion ni du respect ni de la liberté. Chacun dans notre pays doit pouvoir penser librement sans craindre d’être persécuté ou d’y laisser sa vie. Oui, le langage cru d’une jeune fille révoltée peut choquer. Rien ne peut pour autant justifier les appels aux meurtres, au viol, les incitations au suicide et les intimidations.

Ni l’école publique ni la police ni l’armée ne peuvent plus garantir la sécurité de Mila dans une enceinte scolaire. Elle est désormais déscolarisée, cachée, sous très haute protection policière pour échapper à une pression de masse, tandis que ses harceleurs poursuivent une vie normale. Seuls 13 d’entre eux ont pu être identifiés. Les autres sont couverts par l’anonymat des réseaux sociaux.

UNE VIE BOULEVERSÉE À JAMAIS

Quel que soit le verdict, la vie de Mila restera bouleversée à jamais. Puisque la vie d’une jeune femme est désormais en jeu et que les principes élémentaires de notre loi commune sont foulés aux pieds à travers elle, c’est à chacun d’entre nous, croyant ou athée, de prendre la mesure de la gravité de l’événement, le processus judiciaire n’exonérant pas d’exprimer notre indignation.

Il faut que cela cesse. En tant que citoyens, nous ne pouvons pas nous résoudre à observer en silence la poursuite de diktats et de tueries dont le but est de briser la vie et la raison de quiconque revendique le droit de croire et de penser selon ses principes et affinités.

Après les attentats de 2015 et 2016, l’assassinat de Samuel Paty et plus largement les massacres d’intellectuels, de journalistes, de représentants de l’État et de citoyens, nous avons eu la volonté populaire, pacifique et non partisane de réaffirmer nos principes fondamentaux. Ce qui remonte des tréfonds de l’ombre, nous le reconnaissons bien et nous savons ce qu’il a déjà infligé à d’autres moments tragiques de l’histoire.

VALEURS DE LA RÉPUBLIQUE

Face aux injonctions et aux assassinats, le moment n’est plus à la sidération ni à l’accablement mais au ressaisissement et à l’exigence. Quelles que soient nos origines, nos appartenances politiques, nos sensibilités spirituelles et affectives, c’est la République et notre soutien explicite à ses valeurs profondes qui empêcheront toute forme d’idéologie totalitaire de les accaparer et de les détourner.

L’urgence est de respecter les principes fondamentaux républicains qui nous protègent tous. Faisons face au nom de notre attachement viscéral au droit. Affirmons ouvertement avec fermeté, calme et fraternité, le bien le plus précieux que doit nous garantir la République : notre essentiel de liberté.

https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/le-bannissement-de-mila-est-aussi-le-notre-il-faut-que-cela-cesse

Cet appel a été au départ rédigé par des citoyens ordinaires, un ancien humanitaire et quelques proches. Au fil des jours il a reçu les signatures des personnalités suivantes :

– Galia Ackerman, historienne

– Huguette Magnis-Chomski, dirigeante au Mouvement pour la paix et contre le terrorisme

– Jacques Bérès, cofondateur et ancien président de Médecins sans frontières

– Pascal Bruckner, essayiste

– Sophie Chauveau, écrivaine

– Cynthia Fleury, philosophe

– Caroline Fourest, journaliste et essayiste

– Charlotte Gainsbourg, comédienne

– Xavier Gorce, dessinateur

– Jacques Julliard, historien, essayiste et journaliste

– Robert Kéchichian, cinéaste

– Bernard-Henri Lévy, philosophe

– Jacky Mamou, président du Collectif urgence Darfour

– Eric Marty, écrivain

– Pierre Micheletti, président d’Action contre la faim

– Michaël Prazan, cinéaste

– Pierre Ramel, militant associatif

– Bernard Schalscha, secrétaire de France Syrie démocratie

– Philippe Torreton, comédien

Si vous souhaitez signer cet appel, rendez-vous sur le site change.org


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