Bernard-Henri Lévy appelle à une «loi Sarah Halimi» (Times of Israel)

BHL appelle à une « loi spécifique » qui viendra répondre « à l’impérieuse nécessité de contraindre un assassin, même intoxiqué par un excès de cannabis, à répondre de son acte ».

Dans un texte mis en ligne mardi soir sur le site du Point et publié dans le magazine ce jeudi, l’écrivain Bernard-Henri Lévy réagit à la récente décision de la Cour de cassation en fin de semaine dernière de confirmer l’irresponsabilité du meurtrier de la sexagénaire juive Sarah Halimi.

« Tout, dans cette affaire, serre le cœur », démarre le penseur.

Il évoque le destin dramatique de cette directrice de crèche à la retraite ; la « palinodie veule » autour de la caractérisation antisémite, ou non, du meurtre ; le « silence des associations féministes qui font un travail remarquable en soutien aux femmes battues, victimes de violences conjugales, et que l’on n’a, cette fois, pas entendues » ; les verdicts judiciaires – de la Cour d’appel et de la Cour de cassation ; et les « bonnes âmes qui, voyant bien que le droit a été dit mais que la justice n’a pas été rendue, ne cessent de répéter qu’elles ‘comprennent l’émotion de la communauté juive’ ». « Comme si c’était elle seule, la communauté juive, et non la communauté nationale tout entière, qui avait lieu de se sentir offensée par ce procès escamoté et ce deuil désormais impossible ! », déplore-t-il.

Face à cette « défaite judiciaire et morale », BHL propose plusieurs observations.

D’abord, il affirme que, les juges étant de « simples mortels », il n’est pas interdit, « contrairement à ce que l’on entend partout », de « commenter une décision de justice ».

Il juge ainsi l’arrêt « révoltant » et rappelle ce jugement – partagé sur les réseaux sociaux – dans lequel un homme qui a jeté son chien du 4e étage du balcon a été condamné, mais pas l’assassin de Sarah Halimi [L’homme avait dit ne se rappeler de rien]. Il estime qu’il est « préoccupant de savoir que le meurtrier, qui n’avait aucun antécédent psychiatrique, qui ne souffrait et ne souffre d’aucune pathologie et qui n’est d’ailleurs l’objet, depuis son hospitalisation, d’aucun traitement médicamenteux, recouvrera vite la liberté »

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  • Sarah Halimi. (Crédit Photo : autorisation de la Confédération des Juifs de France et des amis d’Israël)

« Et non, il n’est pas interdit de s’inquiéter de l’état d’un droit positif qui est trop souvent prisonnier, lui aussi, de la culture de l’excuse ambiante : encore en mars dernier, à Sarcelles, l’incapacité à caractériser l’acte d’un individu qui, armé d’un couteau, agressait trois personnes qui sortaient d’une synagogue avec une kippa sur la tête… », ajoute-t-il. 

Au sujet de la Cour de cassation, il écrit qu’il « n’est pas vrai, comme on le répète avec un masochisme stupéfiant, que son rôle doive se réduire à vérifier la conformité d’une décision de justice avec l’état du droit ».

BHL regrette que la Cour ne soit pas davantage allée « au-delà d’une interprétation restrictive des textes », et ajoute qu’elle « avait le droit de commenter le silence d’une loi qui s’interdit de distinguer entre ‘bouffée délirante’ et ‘folie’ ».

« La Cour aurait, ce faisant, renvoyé le prévenu devant une autre chambre de l’instruction qui l’aurait sans doute fait comparaître devant une cour d’assises. Et elle aurait, je le répète, fait ce qu’elle fait à longueur de temps et qui s’appelle ‘la jurisprudence’ », écrit-il.

BHL appelle également, face à la « gravité de l’enjeu et à l’urgence », à une « loi spécifique » qui viendra répondre « à l’impérieuse nécessité de contraindre un assassin antisémite ou raciste, même intoxiqué par un excès de cannabis, un gourou identitaire ou un imam salafiste, à répondre de son acte ».

« Et, cette nouvelle loi – même si elle ne permettra hélas pas de rendre rétroactivement justice à la victime… – je suggère de la nommer ‘loi Sarah Halimi’ », conclut-il.

https://fr.timesofisrael.com/bernard-henri-levy-appelle-a-une-loi-sarah-halimi/


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