Bernard-Henri Lévy avait raison (La Voix du Nord, 28 août 2011)

logo_vdnBernard-henri Lévy est agaçant, c’est entendu. Cette conscience du monde à l’image si léchée se prend pour une boussole morale.

Le doute et l’humour ont fui ce personnage pourtant comblé des dieux, si bien qu’il est doté d’un culot monstre et d’un courage certain.

Il est convaincu d’avoir le droit, la justice et l’avenir pour lui. De quoi foncer sans état d’âme et brandir son carnet d’adresses comme une arme fatale.

Le donneur de leçons avait raison. Il fallait aider ces insurgés sans être sûr de leurs chances de succès il fallait reconnaître, et vite, le Conseil national de transition, même si l’on pouvait douter de la pureté démocratique de chacun de ses membres il fallait, surtout, décider les principaux acteurs de la communauté internationale à autoriser une intervention aérienne, malgré les risques diplomatiques et l’enlisement possible.

Sans l’appui aérien apporté par l’OTAN, avec la France et l’Angleterre en pointe et les États-Unis en soutien, non seulement les insurgés ne seraient pas aujourd’hui en train de libérer Tripoli, mais sans doute auraient-ils été écrasés par un régime prêt à tout pour garder le pouvoir. Pouvait-on laisser ces rebelles, mal préparés, opposer leur seul courage et leur juste cause aux blindés du colonel Kadhafi ? Moralement, non. Politiquement, certains avaient un doute.

Nicolas Sarkozy, lâché par l’opinion, pas très aidé diplomatiquement, a pris le risque, à un an de la présidentielle, de faire intervenir nos pilotes dans le désert libyen pour un résultat aléatoire. Les faits lui donnent aujourd’hui raison. Il fallait intervenir et il fallait tenir bon quand des voix évoquaient « l’irrémédiable » ensablement.

La décision du président de la République était-elle morale ou politique ? Les deux à la fois. Si la morale en avait été le seul ressort, le président de la République n’aurait pas pris cette décision.

Mais le soulèvement libyen est intervenu dans un moment où d’autres peuples arabes montraient la même envie de se débarrasser désormais des satrapes grotesques et sanguinaires qui les gouvernent depuis des décennies.

Pour les pays développés gros consommateurs de pétrole, la stabilité au Proche-Orient était jusque-là la valeur suprême, largement au-dessus de la démocratie pour tous. Il semble désormais que l’aspiration à la liberté des peuples arabes soit devenue un paramètre majeur des choix diplomatiques occidentaux dans cette région du monde.

La stabilité par la tyrannie a trouvé ses limites quand le joug est devenu insupportable à ceux qui le subissent.

La stabilité par la démocratie, c’est beaucoup mieux, même si le chemin vers des institutions durablement démocratiques sera long et chaotique, comme il le fut en France.

Jean-Michel Bretonnier


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