Bernard-Henri Lévy aux côtés du frère du Commandant Massoud : «L’abandon de Kaboul me remplit de dégoût» (La Tribune de Genève)

Bernard-Henri Lévy était l’invité, ce 7 septembre 2021, du symposium «Out of darkness: Afghanistan, une transition sans fin» organisé par une université suisse, la Swiss UMEF university, et la mission permanente de l’Afghanistan auprès des Nations unies à Genève.

L’écrivain et philosophe français était également à Genève pour commémorer l’assassinat de son ami le commandant Massoud et soutenir l’idée de l’universalisme des droits de l’homme qui n’est pas morte en Afghanistan. A cette occasion, BHL a également retrouvé le frère du commandant Massoud, Ahmad Walid Massoud, héros de la résistance « anti-talibane » venu livrer son message: la résistance au Panchir continue, malgré l’annonce des Talibans.  « Le Panchir c’est en fait une cause », a-t-il dit, « une cause nationale et internationale. Une cause qui donne de l’espoir à tout le monde. Et ce qui est important c’est d’inspirer. Là c’est une bonne cause, nous nous levons face au terrorisme, face à l’inhumanité. Voila pourquoi nous avons de l’espoir« .

Bernard-Henri Lévy, auteur aussi du film « Une Autre Idée du Monde » (à voir absolument le 12 septembre à 20h55 sur France5) a donné une courte interview à La Tribune de Genève, en marge de cette rencontre.

LTG – : Ahmad Massoud défait dans le Panchir, est-ce la fin de la résistance afghane?

BHL – : Une résistance ne finit que lorsqu’elle décide de baisser les bras. Tant que le fils du commandant Massoud et ceux qui l’entourent, continueront de défendre leurs valeurs contre les talibans et les défaitistes, la résistance vivra. Aujourd’hui le cœur de l’Afghanistan bat dans ce qu’il reste du Panchir et une poignée de valeureux combattants. Ce cœur bat aussi chez ces femmes à Kandahar, Herat ou Kaboul qui défient les talibans au risque de leur vie en descendant dans la rue. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire qu’une grande idée vit grâce à une poignée d’hommes et de femmes et cela ne l’a pas empêchée dans certaines circonstances de triompher.

LTG – : Le retrait américain sonne-t-il la fin de l’universalisme des droits de l’homme?

BHL – : Ceux qui ont décidé le retrait des troupes américaines ne croient sans doute plus dans l’universalité des droits de l’homme. Ce n’est pas parce que des diplomates myopes et des stratèges idiots ont cessé de croire à une idée que cette idée est morte. Elle demeure en Afghanistan chez ceux qui ne se soumettent pas et à Genève, à Paris, à New York, chez ceux qui sont révoltés par l’abandon de ce pays. L’universalisme des droits de l’homme et de la femme continue de vivre et de valoir. Nous sommes nombreux en Suisse, en France et plus largement en Occident à être remplis de dégoût face à cet abandon unilatéral. L’Occident en fait-il assez pour l’accueil des Afghans qui fuient? Non. On est trop frileux. Ceux qui fuient l’Afghanistan des talibans, produit de notre propre lâcheté, nous leur devons un accueil inconditionnel. Ceux qui fuient parce qu’ils nous ont fait confiance et que nous avons trahi leur confiance, au moins, nous leur devons cet accueil inconditionnel.

Ahmed Wali Massoud et BHL à Genève pour commémorer les 20 ans de la mort du lion du Panshir. @rapahelgrand/@Twitter

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