Bernard-Henri Lévy : "Halte à la diabolisation d'Israël". Guysen International News, le 23 octobre 2009

facing tomorrow 1Invité à la conférence  »Facing Tomorrow » par le Président Shimon Pérès, Bernard-Henri Lévy se trouvait mercredi 21 octobre à Jérusalem. Répondant aux questions de Guysen, il a confié son bonheur « sans mélange » d’être en Israël et a réagi à la condamnation d’Israël au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU pour ses actions durant la guerre de Gaza.

Guysen : Qu’est ce que cela représente pour vous d’être en Israël pour cette conférence « Facing Tomorrow » ?
Bernard-Henri Levy : D’abord, cela représente toujours quelque chose de très important pour moi d’être en Israël, en général. Comme j’ai la mauvaise habitude d’y être souvent en temps de guerre, c’est un vrai bonheur que d’y être en temps de paix.

Guysen : Pourtant, Israël est en état de guerre en permanence, non?
Bernard-Henri Levy : Non ce n’est pas pareil. La dernière fois, lorsque j’étais là, c’était pendant la guerre de Gaza. J’ai passé également un peu de temps ici pendant la guerre du Liban. Chaque fois que je viens en temps de paix relative, disons, je peux jouir de ce pays, de sa beauté et du bonheur d’être à Jérusalem qui est pour moi un bonheur sans mélange. Heureusement, il n’y a pas que la guerre…
Après, j’ai eu le grand honneur de prendre la parole, en ouverture de cette conférence des Présidents organisée par M. Shimon Pérès qui est le dirigeant israélien et l’un des dirigeants au monde pour lequel j’ai le plus de respect. Je suis donc très heureux de l’accompagner pendant ces quelques jours de réflexion.

Guysen : Vous nous avez dit que vous étiez là durant la guerre du Liban ou de Gaza. Aujourd’hui, Israël est attaqué, non par des bombes mais par des mots, en particulier sur la question du rapport Goldstone. Qu’est ce que vous en pensez?
Bernard-Henri Levy : C’est la même histoire, c’est le vieux principe clausewitzien de la guerre qui se continue par des moyens divers. La guerre, c’est les bombes, c’est des mots. La guerre, c’est des stratégies silencieuses. La guerre, c’est des discours à la tribune de l’ONU à Genève. Tout ça, ce sont les formes diverses que prend une même guerre. Un discours d’Ahmadinejad appelant à rayer Israël de la carte, c’est évidemment moins meurtrier qu’un homme-bombe dans un café mais c’est probablement aussi dangereux par tout ce que cela promet, et par tout ce que cela permet. Cela peut renforcer les forces terribles à l’œuvre chez les adversaires irréductibles d’Israël.

Guysen : Est-ce que vous pensez que l’attitude d’Israël face au rapport Goldstone est la bonne?
Bernard-Henri Levy : Ecoutez, Je crois qu’il y a un tel unilatéralisme… Vous savez l’armée israélienne n’est pas peuplée d’anges. Il n’y a pas de nation angélique. Il n’y a pas d’Etat parfait. Mais, il y a quelque chose d’assez inquiétant à voir qu’Israël est très souvent cloué au pilori, mis au banc des nations. Il faut s’interroger sur la manière dont les guerres auxquelles Israël est forcé de participer sont analysées. Il y a quelque chose qui commence là à devenir insupportable. Je comprends qu’à certains moments, les israéliens aient envie de renverser la table.

Guysen : Vous qui étiez là pendant la guerre de Gaza, est-ce que pouvez témoigner qu’Israël a tout fait pour éviter la mort de civils palestiniens, comme l’a également dit le colonel Kemp au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU ?
Bernard-Henri Levy: Tout fait, je n’en sais rien. Mais, je témoigne du fait que cela a été dans le haut commandement de Tsahal et chez la majorité des officiers de terrains israéliens, un souci permanent. Moi, j’ai vu des villes détruites dans ma vie, j’en ai vues dans les guerres oubliées d’Afrique, j’en ai vues au Sri Lanka où on comptait les morts non pas en centaines comme à Gaza, mais en dizaines de milliers dans l’indifférence générale. Je sais ce que c’est qu’une ville détruite, je sais ce que c’est qu’une armée qui confond les cibles civiles et les cibles militaires. Clairement, Tsahal ce n’est pas ça. La très grande majorité des garçons et des filles qui composent cette armée reste fidèle, autant que faire se peut, en temps de guerre à la manière dont Tsahal a été pensé aux origines d’Israël. Alors, cela ne veut pas dire, qu’il n’y a pas des tragédies. La guerre c’est toujours atroce. Il m’est arrivé de la côtoyer d’assez près pour le savoir. La guerre n’a jamais d’excuses. La guerre n’est jamais jolie, la guerre est une abjection, de quelque manière qu’on la fasse. Mais présenter les soldats israéliens comme ces brutes indifférentes au sort des civils. Ca, c’est un mensonge.

Guysen : Jacques Attali a déclaré il y a quelques jours au quotidien Haaretz que l’antisémitisme en France était un  »non problème ». Est-ce que vous êtes d’accord avec Jacques Attali ?
Bernard-Henri Lévy : Jacques Attali est un ami, je le précise. De deux choses l’une, ou bien il pense à l’antisémitisme dans sa forme classique, l’antisémitisme chrétien, l’antisémitisme raciste, l’antisémitisme des vieux préjugés traditionnels, là, il a raison. Cet antisémitisme là n’existe plus. Il a été terrassé, il a été discrédité par l’histoire comme l’a dit dans un mot terrible l’écrivain Bernanos. En revanche, il y a un autre antisémitisme qui est en train de se reformer comme un virus qui mute, qui se métamorphose et qui se métamorphose autour d’autres paramètres. Ce n’est plus la biologie, l’anticapitalisme ou la question du peuple déicide qui génère de l’antisémitisme. C’est aujourd’hui la question d’Israël, la question de la Shoah, de la compétition des victimes. Ce sont ces éléments qui sont en voie de fusionner dans une sorte de synthèse nouvelle, qui est bel et bien productrice de l’antisémitisme et qui prend figure de manière de plus en plus précise.

Propos recueillis pas Michaël Bloch et Matthias Sabah


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