Bernard-Henri Lévy mouille la chemise pour l’Europe (Ouest France)

OUEST
Le philosophe et écrivain Bernard-Henri Lévy a entamé une longue tournée théâtrale internationale. Un plaidoyer en forme de one-man-show pour l’Union européenne, à l’approche du scrutin continentale de mai prochain.
Bernard-Henri Lévy… La chemise blanche, la coiffure romantique… Il serait sot et injuste de s’arrêter aux habituels clichés qui entourent un homme, sachant certes se mettre en scène, mais dont la force du propos n’a d’égale parfois que la réalité du combat. BHL a peur. Peur que cette Europe qui lui est chère ne se dissolve de l’intérieur, aspirée par les courants populistes qui la minent. Il a donc décidé « de faire campagne », à l’occasion des prochaines élections. « Je suis d’ailleurs un peu le seul. »
Depuis le mois de mars et jusqu’au 21 mai, dans vingt-deux villes de toute l’Europe, il monte seul sur scène et joue sa pièce Looking for Europe, pour alerter les citoyens des dangers qui pèsent sur l’Union européenne. Ce mercredi, il était l’invité de notre rédaction, au siège rennais du journal.
« Les adversaires de l’Europe font beaucoup de bruit »
« Je ne crois pas que les gens soient si eurosceptiques que ça, analyse BHL. On pense cela parce que les adversaires de l’Europe font beaucoup de bruit. D’autre part, les leaders politiques ont souvent tendance à considérer l’Europe comme un thème de campagne peu favorable. Résultat, les amis de l’Europe sont étouffés par ceux qui braillent et sont assez peu sollicités par les partis pourtant pro-Européen. »
Le repli nationaliste est pointé du doigt par l’écrivain. « À toutes les époques, il a été une régression. Un des éléments déclencheurs de la tournée Looking for Europe a été le Brexit. Ce serait une vraie perte pour l’Europe, une hémorragie de sens et de vérité. Cela peut devenir le point de départ d’un délitement, d’un retour aux Nations en guerre… »
« Nous sommes la première génération qui vit dans un temps sans espérance »
Pourquoi revient-il si fortement, ce populisme ? « On me parle du chômage, des migrants, de la misère sociale… Ces situations ne sont pas vraies partout. Je crois le mal plus profond. L’anxiété qui habite les peuples européens vient du fait que nous sommes la première génération qui vit dans un temps sans espérance. Nous ne sommes aujourd’hui plus certains que l’étape à venir sera mieux que la précédente. Depuis 4 000 ans, l’humanité judéo-chrétienne vit dans l’idée que le temps est orienté vers un mieux. »
Ce n’est plus vrai pense l’écrivain et il ajoute : « C’est aussi la première fois que la fin du monde est devenue une hypothèse qui peut s’inscrire dans le temps des hommes. Si l’on ne fait rien pour lutter contre les dérèglements climatiques, la fin du monde va devenir une réalité historique et pas seulement métaphysique… »
Un constat qui donne le vertige. « Et quand on a peur du vide, on se raccroche à la première rambarde venue. »
Un revenu universel au niveau européen ?
Comment la rendre attractive cette Europe et ces élections. Pour Bernard-Henri Lévy, la réponse est claire : « Il faut de la pédagogie, de l’incarnation, et que les gens y voient leur intérêt. Si j’étais responsable politique, je prendrais des mesures qui rendent aux citoyens des services que les Nations n’ont plus les moyens de leur rendre. Durant la dernière campagne présidentielle, Benoît Hamon, que je ne soutenais pas du tout, avait une mesure originale : le revenu universel. Les experts se sont accordés pour dire que ce n’était pas finançable au plan national. En revanche, ça l’est au niveau européen. »
BHL croit aussi à la nécessité d’élire au suffrage universel un président des États-Unis d’Europe, « même si ses pouvoirs ne sont que symboliques ». Il en est convaincu, le grand danger est de voir les anti-Européens se mobiliser et les pros déserter les urnes : « On aura alors un parlement composé de populistes de tous les pays, qui détruiront le système de l’intérieur ».
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