Bernard-Henri Lévy nous donne, dans une interview avec Juliette Demey de France-Soir, des nouvelles de Sakineh

SAKINETOui, nous sommes, à La Règle du Jeu et grâce, en particulier, à l’équipe de bloggeurs d’Armin Arefi, en contact permanent avec l’entourage de Sakineh. Comment va-t-elle ? Mal, bien, sûr. Terriblement mal. Dans l’attente d’une exécution dont il est faux d’affirmer qu’elle ne peut pas arriver pendant le Ramadan. Il y a, semble-t-il, et d’après nos informations, deux tendances, aujourd’hui, dans l’appareil judiciaire et politique iranien. Ceux qui commencent à comprendre que le cas de cette femme simple, hier encore inconnue mais qui est en train de devenir une sorte de symbole et d’icône planétaire, peut irrémédiablement endommager l’image déjà désastreuse de leur régime. Et ceux qui, pour les mêmes raisons, redoutant l’ampleur qu’est en train de prendre la mobilisation mondiale, sont au contraire pressés d’en finir et de faire, s’il est encore temps, un bras d’honneur à la communauté internationale. D’où l’importance de cet élan de solidarité que nous avons, à quelques uns, initié. D’où l’importance vitale de chaque signature, je dis bien chaque signature, qui apparaît à la fois comme un geste de fraternité avec la victime et comme un désaveu supplémentaire pour ses bourreaux. Vous me demandez si ce type de mouvement peut avoir des effets contre-productifs et braquer encore davantage les Iraniens ? C’est ce que disent, toujours, les dictatures. C’est l’éternel argument des irresponsables, ou des salauds, qui veulent surtout ne rien faire et le faire, si j’ose dire, dans la bonne conscience. Alors, tout est possible, naturellement. Et je ne vous garantis pas que les lettres d’Isabelle Adjani, de Jane Birkin ou de Carla Bruni-Sarkozy aient ravi Ahmadinejad. Mais ce qui est, non pas possible, mais certain c’est que si nous n’avions rien fait, si nous arrêtions de faire, si l’élan de solidarité faiblissait ou stoppait, alors, oui, Sakineh mourrait. Pire, elle serait morte depuis longtemps. Mais discrètement. Silencieusement. Comme tant et tant d’autres femmes (et d’hommes), sans doute des milliers, qui ont déjà disparu avant elle, sans faire d’histoires et sans que nous en sachions rien. Donc, il ne faut pas faiblir. Il faut maintenir la pression sur nos dirigeants qui, eux-mêmes, feront pression sur les Iraniens. Ce que m’a dit Sarkozy, dimanche dernier ? Il m’a appelé, c’est vrai, dès la mise en ligne de notre pétition sur le site de Libération et de La Règle du Jeu. Et il m’a dit, au moins, deux choses. Qu’il était bouleversé par le cas de cette femme condamnée, pour crime d’amour, à la plus atroce des morts. Et qu’il en faisait, lui, Président de la République française, une affaire personnelle. La France est un grand pays. Son Président est un homme, c’est le moins que l’on puisse dire, énergique. Alors, attendons. Espérons. Je pense que, tous ensemble, pour peu que nous mettions momentanément en sourdine nos dissensions et querelles politiques, nous pouvons sauver Sakineh.
Propos recueillis par Juliette Demey


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