Bernard-Henri Lévy publie son autobiographie, « Sur la route des hommes sans nom » (France Info)

Bernard-Henri Lévy lors d’une manifestation pour les Kurdes, à Paris (France) le 12 octobre 2019 (LUCAS BARIOULET / AFP)

Bernard-Henri Lévy est écrivain, philosophe, cinéaste et chroniqueur. Il est aussi reporter depuis 1971 avec son départ pour le Bangladesh à la suite d’un appel d’André Malraux. Il publie un livre autobiographique, Sur la route des hommes sans nom aux éditions Grasset. Dans cet ouvrage, il nous raconte surtout ce qui l’a conduit à aller à l’autre bout du monde témoigner pour des guerres oubliées ou ignorées.

Au micro d’Élodie Suigo :

Podcast France Info

franceinfo : Vous dites : « Â mon âge, il est temps de dire l’histoire de mes folies« . C’était un besoin, d’essayer de comprendre un peu plus pourquoi vous avez décidé d’emprunter ce chemin-là ?

Bernard-Henri Lévy : Après un demi-siècle de reportages, où je me suis porté au bout du monde sans que ce soit vraiment mon métier, je me suis dit : mais au fond, qu’est-ce qui fait que j’ai eu ce désir constant, ce besoin récurrent ? Il est temps que je m’en explique vis-à-vis de moi-même, de mes enfants, de mes proches et de mes lecteurs et de ceux qui continueront peut-être de me lire quand je ne serai plus là.

C’est vrai que toute votre vie, vous avez écrit des reportages. Vous avez passé votre temps à courir le monde, à en rapporter les récits : le génocide au Bangladesh, la guerre au Tigré ou le siège de Sarajevo, les combats qui reprennent chez vos amis kurdes irakiens, le Darfour, les corps éventrés des chrétiens du Nigeria. Ce qui vous motive, c’est votre boussole intime ? 

Ce qui me motive, au fond, c’est deux choses : un sentiment et un principe. Le sentiment, c’est qu’à un moment donné, il y a des choses qui sont dégueulasses. Il y a des moments où, face à des images, je me dis c’est dégueulasse, on est dans l’inhumanité absolue. Et le principe, c’est qu’il n’y a pas plusieurs humanités. Je crois philosophiquement à l’unité du genre humain et à la fraternité.

C’est une autobiographie et j’ai l’impression que c’est la première fois que vous vous livrez autant. 

La partie la plus importante du livre, qui s’appelle Ce que je crois, c’est en effet une autobiographie personnelle, une autobiographie générationnelle. Qu’est-ce que c’est que cette génération bizarre, la mienne, qui a été foudroyée par la lecture des Damnés de la terre de Frantz Fanon ? Ma génération commence avec le maoïsme, qui a commis beaucoup d’erreurs, il y avait des folies, mais il y avait aussi un principe qui était très beau que les jeunes gens de l’époque appelaient la lutte contre l’égoïsme. Et ça, c’est un principe qui est resté vivant en moi, auquel je n’ai jamais renoncé.

Vous êtes né en Algérie d’une famille juive, qui a effectivement beaucoup donné et vous parlez de votre père. Que vous a-t-il apporté ? 

Qu’on peut faire quelque chose dans l’histoire, l’idée que l’on peut résister à l’intolérable, l’idée que le fascisme est insupportable. En 1938, il avait à peine 18 ans. À la fin de la guerre d’Espagne, il savait que le destin de l’Europe se jouait à Barcelone. Il est parti à Barcelone. Simple brigadiste dans les Brigades internationales. Après, en 1941-42, il s’est engagé dans l’armée d’Afrique.

Et votre mère ? 

Ma mère, c’est autre chose. Elle est présente de manière plus intime, plus secrète. Ma mère, j’en parle peu, mais c’est elle, par exemple, qui m’a fait lire les livres qui m’ont formé. Elle m’a fait lire Curzio Malaparte, Ernest Hemingway et découvrir Romain Gary.

Vous avez eu un sacré engagement pour les Bosniaques musulmans. Vous avez suggéré à François Mitterrand de soutenir justement le président de Bosnie-Herzégovine, qui était isolé dans un Sarajevo complètement assiégé. En 2013, vous avez été nommé citoyen d’honneur de Sarajevo. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Un honneur absolu. Vous savez, je n’ai pas la Légion d’honneur et honnêtement, j’ai toujours tout fait pour ne pas la recevoir. Car la médaille dont je suis le plus fier, c’est celle dont vous venez de parler, c’est-à-dire que des citoyens de Sarajevo, le président bosniaque me donnent une médaille qui s’appelle « Le blason », c’est l’équivalent de notre Légion d’honneur. Et puis, après sa mort, on me nomme citoyen d’honneur. Ça pour moi, c’est essentiel. Quand on comprend que ce n’est pas un rêve éveillé, qu’il y a une réciprocité, c’est magnifique !

Jusqu’en 1976, vous avez fait partie des conseillers de François Mitterrand. Dans son livre L’Abeille et l’architecte, François Mitterrand disait de vous : « Je me flatte d’avoir pressenti en ce jeune homme grave le grand écrivain qu’il sera. Un danger le guette : la mode, mais la souffrance, amie des fleurs, le sauvera quand il s’apercevra qu’il possède en lui-même ce qu’il cherche. Il reviendra à sa rencontre« . Est-ce que ce livre, ce n’est pas ça, un travail sur vous, essayer de comprendre comment votre pensée a évolué ?

Ce livre, c’est mon premier exercice d’autobiographie et c’est un livre où, par conséquent, j’essaie d’être sincère avec les autres et puis avec moi-même. C’est un témoignage. Comment un homme engagé se fabrique et surtout quand il n’est pas forcément prédisposé à ça, qu’il est plutôt nanti, avec une vie agréable, quand il pourrait passer son temps auprès des siens à passer du bon temps. Quel est le mécanisme qui fait qu’on va quand même au-devant des plus affligés ?

Pour terminer, quel regard portez-vous sur votre parcours ? 

1 : J’ai fait de mon mieux.
2 : Ce n’est pas fini.
3 : Je vais essayer de faire encore mieux dans le temps, j’espère très long, qu’il me reste encore.

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