Des intellectuels réunis autour de Taubira contre le racisme (Libération, le 17 novembre 2013)

christine angot-alexis lacroix-christiane taubira-bhLLa ministre de la Justice Christiane Taubira a reçu dimanche à Paris le soutien d’intellectuels et écrivains lors d’une soirée de mobilisation en sa présence organisée par la revue de Bernard-Henri Lévy contre les attaques racistes qui l’ont visée.

A son arrivée en fin d’après-midi au cinéma Saint-Germain, Mme Taubira a été accueillie par une longue ovation et des youyous de femmes par près de 250 personnes venues à l’appel de la revue La Règle du jeu en partenariat avec SOS Racisme.

«Nous sommes là pour dire notre colère face à cette montée, ce retour de l’infâmie et du racisme, mais aussi notre colère face à tout ce que l’on entend et à tous ces propos qui sont en train tout doucement d’expliquer, de justifier ou d’excuser partiellement ce qui vous a été fait», a lancé Bernard-Henri Lévy.

Le philosophe est revenu sur les attaques qui ont visé la garde des Sceaux ces dernières semaines, comparée à plusieurs reprises à un singe, notamment par une enfant lors d’une manifestation d’opposants au mariage homosexuel.

«On entend dire: +après tout c’est un propos d’enfant+. Et bien précisément que ce fut un propos d’enfant, qu’il y ait eu cette délégation d’infâmie à un enfant, fait partie de ce qui nous est apparu, ici à La Règle du jeu, particulièrement tragique (…) tragique aussi pour cet enfant», a déclaré BHL.

Il a dit son «admiration» à l’égard de la façon dont Christiane Taubira a «résisté à la tentation qui aurait pu être la (sienne) de donner à cette infâmie une interprétation politique au sens étroit». Par «la façon dont vous avez, à chacune de vos interventions (…), refusé toute espèce d’utilisation politicienne (…) vous avez donné là un grand et bel exemple de morale républicaine», a-t-il insisté.

Après avoir déploré le 6 novembre dans Libération des réactions «pas à la mesure», la ministre a salué dimanche l’élan de solidarité et de sympathie qui a suivi.

«Cette nation a été construite au-delà de toute tribu (…) Elle a été construite comme une communauté de citoyens, de personnes singulières ayant les mêmes droits (…) Ceux-là qui s’enfoncent dans l’animalité (…) nous rappellent à la vigilance», a dit Mme Taubira «émue» et «reconnaissante».

«Les eaux étaient dormantes et cette circonstance, qui nous a figés dans un premier temps, nous remet en branle. Je crois que c’est le pays qui se remet à vivre», a-t-elle noté.

«On s’est tous sentis insultés et humiliés. On s’est tous dit que ces crachats ne méritaient même pas de se baisser à les regarder. En même temps ils sont révélateurs d’un climat qui constitue un vrai problème de démocratie», a expliqué l’essayiste et féministe Caroline Fourest, jugeant que «la ligne jaune» avait été franchie.

Par ces attaques racistes, «on a l’expression des préjugés légués par le colonialisme et par l’esclavage» qui «n’ont pas été totalement extirpés de la société», a déclaré Dominique Sopo, ex-président de SOS Racisme.

De nombreuses initiatives et marches antiracistes ont été annoncées ces derniers jours, surtout après que l’hebdomadaire d’extrême droite Minute eut comparé en couverture Christiane Taubira à un singe.

Dimanche à la mi-journée, quelques dizaines de personnes s’étaient rassemblées à Sarcelles (Val-d’Oise) devant une stèle d’Aimé Césaire et le monument en hommage aux victimes de l’esclavage.

Photo : De gauche à droite : la romancière Christine Angot, le journaliste Alexis Lacroix, la ministre de la Justice Christiane Taubira et le philosopphe Bernard Henri Levy (Photo Kenzo Tribouillard. AFP)


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