Dimanche, au Saint-Germain, Séminaire sur le thème : " Tout antisarkozysme est-il légitime ? "

sarkoLes passions françaises sont immuables, nous a appris l’historien britannique Theodore Zeldin, mais leurs fixations sont aléatoires. Depuis quatre ans, il est un objet politique qui passionne et qui divise les Français : le président de la République lui-même, Nicolas Sarkozy.

Un président singulier qui, depuis son élection en 2007, a suscité une masse de commentaires, de plaidoyers et de vindictes, dans une relation spéculaire inédite avec le peuple français. Crédité par certains d’ “hyper-”, voire d’ « omniprésence”, fustigé par d’autres pour son alliage d’activisme tous azimuts et d’impatience autoritaire, le chef de l’Etat est d’abord apparu réticent à endosser les “habits de la fonction”. Cette liberté d’allure désinvolte avec les rituels a porté la réprobation à son paroxysme.

Lors de ce quatrième séminaire, nous ne nous attacherons pas prioritairement à décrypter cette situation singulière ; avec les invités de La Règle du Jeu, le philosophe André Glucksmann, le conseiller (PS) de Paris Patrick Klugman, les écrivains André Bercoff et Marc Weitzmann, nous chercherons plutôt à rétablir des distinctions élémentaires que certains sarkozystes veulent faire oublier : toute critique acérée de la personne et de l’action du chef de l’Etat n’est pas en elle-même lourde d’ambiguïtés ou porteuse d’une sémantique haineuse ; il est possible et même légitime de s’opposer, de la façon la plus ferme, à l’inacceptable discours de Grenoble, d’y dénoncer une mise à sac des principes républicains et de s’alarmer du durcissement de la politique migratoire sarkozyste ; il est loisible, aussi, par exemple de s’inquiéter de la surpersonnalisation de l’exercice du pouvoir depuis quatre ans, des dérives oligarchiques qui l’accompagnent, sans être suspecté d’acharnement contre un homme.

Cela dit, toutes les critiques du sarkozysme ne s’en tiennent pas au libre débat démocratique et à son “éthique de la discussion”. Une consultation de la blogosphère, du côté des sites très visités qui flétrissent Sarkozy en champion de l’“axe de la haine”, encadré de la Bannière étoilée et de l’Etoile de David, suffit à le rappeler. Dans la même séquence, certains essayistes, certains intellectuels, n’ont pas hésité non plus à publier des pamphlets saisonniers où le président de la République, faute d’être critiqué politiquement, était figuré sous les traits déshumanisés d’un “homme aux rats”…

Quatre ans après son élection, où en est vraiment la vaste nébuleuse informelle qui ne tance pas le président de ce qu’il fait, mais de ce qu’il est ? Existe-t-il une cohérence esthétique et idéologique de ce front du refus qui conjoint les extrêmes des deux bords ? S’agit-il d’un phénomène unique ou, au contraire, récurrent, dans l’histoire hexagonale, surtout dans les temps troublés ? Peut-on y voir un succédané, ou un revival, de ce que Bernard-Henri Lévy a nommé l’Idéologie française ? Ce sont quelques-unes des questions que nous tenterons d’aborder, ce dimanche, au Cinéma Saint-Germain-des-Prés.


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