L’Appel de Benghazi

BHL en Libye

Lire l’appel : Toutes les tribus de Libye n’en font qu’une.

Lire en dessous le décryptage de Bernard-Henri Lévy.

La publication de ce texte est, à bien des égards, un événement.

Signé par des chefs ou représentants de toutes les tribus qui composent la Libye, il affirme l’unité du pays; il bat en brèche l’idée, trop souvent admise comme allant de soi, d’une nation divisée en autant de tronçons que de tribus; il s’inscrit en faux contre le préjugé d’une Tripolitaine et, dans une moindre mesure, d’un Fezzan qui demeureraient les bastions, face à la Cyrenaique rebelle, d’un Kadhafisme toujours puissant.

C’est le 12 avril dernier au soir, dans un faubourg de Benghazi, lors d’une rencontre organisée par le Docteur Almayhoub, membre du Conseil National de Transition et président du Conseil des Sages et Dignitaires, que l’idée de cet Appel est née.

Un texte a alors été rédigé puis aussitôt ratifié par les 32 chefs de tribus présents ou représentés – en gros, et ce soir-là, les tribus de Cyrénaique et des villes martyres de l’Ouest.

Puis, dans les jours suivants, des contacts ont été pris, des messages ont été lancés, des émissaires ont été dépêchés en direction de toutes les autres tribus du pays – celles-là même qui sont supposées acquises à Kadhafi ou vivant sous la terreur de son armée.

Le résultat est là.

Le texte a recueilli la signature de Mouftah Matouk Al Werfali, chef de la tribu des Werfalaa qui, située à Baniwalid, est l’une des plus grandes tribus de l’ouest du pays.

Il a tenu compte des observations et a reçu la signature de Al Sharif Sayfal Nasr, leader traditionnel des tribus Al Khadafa (la tribu de Kadhafi) et Oulad Souleiman (présente au Fezzan mais dont le centre est à Hrawa, non loin de Syrte, ville natale de Kadhafi et considérée comme l’une de ses bases).

Toutes les tribus de la ville de Sebha, dans la région du Sud, toutes ces tribus Al Fazazouna

que l’on croyait, elles aussi, acquises à Kadhafi ou n’osant le désavouer, sont représentées par Al Hajj Ali Al Fazani qui nous précise, dans un message d’accompagnement, que nombreux sont les chefs de sa région qui n’ont pu, pour des raisons de sécurité, ratifier le manifeste mais qui sont avec lui par le coeur et la pensée.

De même, la tribu Al Maguarhaa, dans le sud: l’un de ses chefs, Abdallah Senoussi, est le beau-frère de Kadhafi et l’un des piliers de son régime ; mais la signature d’Al Hajj Moussa Al Magurahi, représentant de l’une des plus anciennes et influentes familles de la région, vaut démenti des prétentions de Tripoli à pouvoir compter sur son entier soutien.

La présence, parmi les signataires, d’Abd Al Kader Al Targi qui est l’un des chefs de la tribu Al Tawarik est, elle aussi, une indication majeure : la tribu Al Tawarik, qui a des liens avec les Touaregs du Niger, d’Algérie et du Mali, est réputée kadhafiste – à dater d’aujourd’hui, elle ne devrait plus l’être.

Il y a aussi la tribu côtière Sourman : elle est le berceau du général Kheildi Al Hamedi, compagnon de Kadhafi; mais la voici qui, par l’intermédiaire de Al Hajj Mabrouk Al Soumani, affirme avec éclat qu’elle a choisi le camp de l’insurrection.

Mohamed Al Dhmani Al Agilé représente la tribu Al Agilat, à l’ouest de Tripoli.

Bou Krisse Ashour Al Wershefani représente la tribu Wesrhefanaa, qui est une autre tribu de l’ouest de la capitale, dans le secteur d’Al Azizia qui est considéré comme l’un des bastions les plus fidèles et les plus solides du Guide.

Et il y a encore le cas de Khalifa Saleh Al Khadafi, chef de la tribu Al Khadafa qui est, de nouveau, la propre tribu de Khadafi : Khalifa Saleh Al Khadafi a pu signer ce texte car il se trouve, actuellement, à Benghazi mais sa signature en annonce d’autres qui ne peuvent encore se faire à visage découvert.

Toutes les tribus de Libye sont, je le répète, présentes ici.

Toutes ont, à travers l’un de leurs chefs, ratifié ce manifeste.

Le mythe de la Libye coupée en deux a donc vécu.

La coupure, plus exactement, n’est plus géographique, séparant les tribus libres de l’Est à celles de l’Ouest sur lesquelles s’appuierait toujours le régime : elle est politique, intérieure aux tribus elles-mêmes qui, lorsqu’elles n’ont pas clairement fait allégeance au Conseil National de Transition sont en voie de le faire ou ont, à tout le moins, des chefs éminents qui le font ici.

Il n’y aura, très bientôt, qu’une Libye – exprimée à travers ce texte que je suis heureux et honoré de rendre aujourd’hui public.

Bernard-Henri Lévy


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