L’arrestation de Florence Hartmann à La Haye est une honte, par Bernard-Henri Lévy (La Règle du Jeu, le 25 mars 2016)

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Radovan Karadzic reconnu coupable de crimes contre l’humanité et condamné à 40 ans de prison, c’est la nouvelle qu’attendaient, depuis des années, les survivants de Srebrenica ainsi que, plus généralement, les familles des 100 000 et quelques morts de la purification ethnique en Bosnie entre 1992 et 1995. La justice est donc dite. Elle est faite. Et c’est bien.

Mais pourquoi a-t-il fallu que cette bonne nouvelle soit entachée par cette autre nouvelle, que l’on a apprise quelques heures plus tôt : l’arrestation de Florence Hartmann qui, avec les familles des victimes de Srebrenica, attendait le verdict devant le Tribunal pénal international ? Florence Hartmann, rappelons-le, fut journaliste au Monde et couvrit, pour le quotidien du soir, la guerre de Bosnie. Elle fut, à ce poste, l’une des observatrices les plus aiguës, les plus lucides et, en même temps, les plus engagées de ce désastre européen.

Porte-parole de Carla del Ponte, premier procureur du tribunal de La Haye, elle a publié un livre, en 2007, Paix et Châtiment, où elle rendait publiques deux pièces à conviction permettant d’établir la culpabilité de la Serbie dans le massacre de Srebrenica. Un procès l’a condamnée, alors, à une amende, puis à 7 jours de prison – et c’est sur la base de ce verdict que s’est faite l’arrestation d’hier par les gardes du Tribunal. Autant dire que cette arrestation est absurde, scandaleuse et sans fondement juridique sérieux. Mais, surtout, le symbole est navrant et déconsidérerait, si l’on ne faisait pas machine arrière très vite, le tribunal : condamner, dans la même journée, le criminel et celle qui l’a dénoncé, l’un des pires assassins de l’histoire contemporaine et l’une des plus grandes voix en soutien à la Bosnie souffrante, martyre et en guerre, c’est renverser toutes les valeurs, confondre les bourreaux et ceux qui les ont combattus et effacer d’une main la courageuse sentence que l’on vient d’écrire de l’autre. Florence Hartmann est un symbole. Elle est, plus que jamais, l’une des grandes voix de ce qui reste de l’esprit de Sarajevo et de la Bosnie. Elle doit être remise en liberté sans tarder.

http://laregledujeu.org/2016/03/25/28438/larrestation-de-florence-hartmann-a-la-haye-est-une-honte/

 


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