Le "De la Guerre" de Bernard-Henri Lévy dans la French Review

JPEG COMMENT JE PHILOSOPHEBernard-Henri Lévy décrit ici sa conception de la philosophie. Ce texte est la version modifiée du discours que l’auteur a prononcé en 2009 sous l’égide de l’Institut d’Etudes lévinassiennes à l’Ecole Normale Supérieure, et intitulé « Comment je philosophe ». L’écrivain se souvient de ses premiers engagements il y a trente ans. Il rappelle ses combats en Bosnie, au Darfour, à Gaza. Il explique pourquoi il est un intellectuel engagé qui ne cherche pas à construire de nouveaux concepts philosophiques ou à donner de nouvelles explications du monde ou du « moi » comme l’ont fait Kant, Hegel, Fichte, Marx, Freud ou Heidegger. Ses maîtres à penser à lui sont Althusser, Derrida et Lacan. Althusser et Derrida ont d’ailleurs été ses professeurs à l’Ecole Normale Supérieure. Il constate que les philosophes ont trop longtemps voulu « transformer le monde » (101). Il refuse la philosophie spéculative de Kant ou celle révolutionnaire de Marx. Il propose une troisième option qui consiste à « repérer le monde » (101). « On ne refait plus le monde », écrit-il, « on le rend moins mauvais, moins irrespirable, moins fétide. On fait en sorte qu’il reste à peu près habitable et ne laisse pas à l’inhumanité le dernier mot » (106). C’est ainsi qu’il compte philosopher comme un philosophe engagé.FR1
Pour Lévy, la philosophie est une aventure passionnante avec « le rêve de plusieurs vies dans une vie » (112). Car il veut vivre partout à la fois. Pour lui, le philosophe doit choisir son camp. Il ne peut rester neutre. Il s’oppose au consensus de la pensée. Selon lui, la philosophie est un art martial et le philosophe doit se battre contre la barbarie. Il considère que le génocide arménien. Auschwitz, le Goulag, les massacres au Bangladesh sont des sujets philosophiques de plein droit et il soutient le plus souvent les victimes comme, par exemple Salman Rushdie quand il a subi la fatwa, les Bosniaques assiégés dans Sarajevo, Daniel Pearl assassiné par les terroristes pakistanais. Il critique les philosophes qui attendent que les événements aient eu lieu pour s’engager. Il faut se battre, écrit Lévy, quand les événements ont lieu. La fonction de la philosophie, selon lui, « c’est de penser ou de tenter de penser, la violence, le surgissement, l’imprévisibilité , parfois l’horreur, de l’événement » (95).
De la guerre en philosophie est peut-être la profession de foi de l’auteur. Ce texte, superbement écrit dans une prose claire, convaincante, passionnée, ne peut laisser personne indifférent.
Hofstra University (NY)
Liliane Lazar


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