Le musée imaginaire de BHL (La Montagne, propos recueillis par Dominique Garandet, le 4 août 2013)

BHL-Olivier-Kaeppelin-anselm-KieferSous les pins parasols de la Fondation Maeght, le commissaire Lévy exulte, heureux comme un poisson dans l’eau des bassins dessinés par Braque. Le philosophe a gagné son pari, son exposition est un triomphe.

Rassembler 160 oeuvres majeures aussi différentes est un véritable exploit. N’avez-vous jamais douté ?
Sans cesse et jamais. Car il y avait, comme souvent dans ce que j’entreprends, quelque chose qui était plus fort que le doute et qui était, mettons, ma folie.

Comment vous êtes-vous imprégné de ce lieu « magique » ?
Je le connais depuis toujours. Vraiment toujours. Et, si je dis toujours, c’est parce que j’étais là, déjà, l’année de son inauguration, il y a 49 ans, par André Malraux. Donc, c’est une vieille histoire.

Dans une lettre à Olivier Kaeppelin, le directeur de la Fondation Maeght, vous évoquez Arthur Danto et  » le viol de la beauté « . Est-ce le fil rouge de l’exposition ?
Non. je pars de l’idée de Danto, en effet, selon laquelle c’est minimiser l’art, le dénaturer, le violer que de le réduire à une affaire d’esthétique et d’oublier qu’il est, d’abord, un instrument de connaissance. Et puis, au fil de l’exposition, je m’aperçois que les choses sont plus compliquées que cela et que l’on ne se débarrasse pas si facilement du goût et du souci de la beauté. L’exposition est un va-et-vient entre lesthétique et son déni, entre l’idée que la peinture n’a rien à faire de la beauté et l’idée que celle-ci lui est, au contraire,  consubstantielle.

L’artiste doit-il toujours dire la vérité ?
Il doit la vérité. Je ne sais pas s’il la dit, mais il la doit. C’est-ce que déclare Cézanne à Emile Bernard.
Et je crois qu’il a raison.

Qu’est-ce-que la peinture apporte à la philosophie sur la vérité des choses ?
A la philosophie, rien. A vous, à moi, à tous ceux qui liront cet entretien, beaucoup. Car, les grandes questions qui hantent la condition humaine, nul n’en parle mieux que les peintres.

Par exemple ?
Par exemple, la question de la mort telle que la traitent, séparément et ensemble, la Vanité de Philippe de Champaigne et ses reprises, que j’expose aussi, par César, Dado ou Yan Pei Ming.

En art comme en philosophie, y a-t-il un avant et un après Nietzsche ?
C’est l’une des thèses, oui, de ces Aventures de la vérité. Il y a un moment crucial, qui est le moment Nietzsche. Et le moment est crucial parce que c’est là que l’on dit aux artistes:  » ne vous satisfaisez plus de répondre mieux que les philosophes aux questions qu’ils ont posées et qu’ils ont balisées ; posez vos propres questions; dressez votre propre théâtre et la scène de vos interrogations ; l’art, comme la psychanalyse, n’est au sommet de sa vocation que lorsqu’il ne s’autorise que de soi « .

L’exposition s’ouvre avec Platon…
Oui, parque Platon est l’ennemi des artristes, et c’est contre lui q’uils ont donc dû, eux, les artistes, se battre, se construire et finalement se définir depuis 2500 ans. screen la montagne

L’art, fils de l’ombre ?
C’est-ce que dit Platon, oui. C’est à ce néant, à ce non-être qu’il renvoie les artistes. Et c’est à lui que ceux-ci répondent quand ils se tournent vers la lumière, la captent, la répandent.

Comment se libérer de la sentence hégélienne sur  » l’inévitable mort de l’art  » ?
En avançant. En créant. L’art, en fait, et contrairement à ce que nous disent les esprits chagrins, ne s’est jamais mieux porté qu’aujourd’hui.

Vous avez rencontré de nombreux artistes. Qui vous a le plus surpris, séduit ?
Difficile de vous donner un nom. La vraie chose qui m’a surpris (et séduit) c’est la façon étrangement diverse qu’ont les artistes d’aujourd’hui de vivre la philosophie et d’être habités par elle. Il y a les intimidés et les faussement désinvoltes. Les indifférents et les hantés. Les maladroits et les qui vont droit au but. Jeff Koons butant sur les mots, et en même temps pénétré. Marina Abramovic pétrifiée comme si c’était la première performance de sa vie et, ce faisant, admirable.

Première émotion face à une oeuvre d’art ?
Une émotion érotique. Ou liée, en tout cas, à l’érotique. C’était un tableau d’un peintre aujourd’hui oublié qui s’appelait Peter Clough. Il était accroché en face du piano chez mes parents. Et pendant mes leçons de piano, brûlant de désir pour ma jeune et ravissante répétitrice, je fixais mon attention sur ses couleurs, ses formes aberrantes, ses volutes. J’avais 10 ans peut-être 12…

Si vous n’écriviez plus, pourriez-vous peindre ou sculpter ?
Je ne pense pas, non. Ecrire est, sûrement, la seule chose que je sache faire. Fût-ce avec des toiles d’artistes et sur cette page blanche que sont les murs de la Fondation Maeght.

Si vous ne deviez garder qu’une oeuvre ?
Impossible de vous répondre. Peut-être le Rothko, jamais montré jusqu’aujourd’hui. Peut-être la Crucifixion de Bronzino. Peut-être celle de Pollock. Mais la question, encore une fois, n’a pas de sens. Ces 160 oeuvres me sont toutes chères. Pour des raisons différentes. Mais toutes.

Propos recueillis par Dominique Garandet.

Photo 1 : BHL et Olivier Kaeppelin (c) Yann Revol.


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