2015 : Les Peshmergas à Paris ! Par Gilles Hertzog

AH5Q8737A l’invitation de la Règle du Jeu et de son directeur Bernard-Henri Lévy, les principaux chefs Pershmergas du Kurdistan irakien qui, avec quelques dizaines de milliers d’hommes, tiennent les mille kilomètres de front face à Daech, seront à Paris ce mercredi, où ils seront reçus par François Hollande et les autorités militaires françaises.

Ces combattants de la liberté à Paris, quel symbole ! Et quel enjeu !

Nous étions, il y a quelques semaines, Bernard-Henri Lévy et moi, sur le front, au-dessus du Tigre, la frontière naturelle du Kurdistan irakien, pas très loin de Mossoul, l’ancienne Ninive, tombée aux mains des conquérants islamistes il y a quelques mois et martyrisée depuis. Un fortin de pierres et de terre sèche au sommet d’une colline était la dernière position avancée des Pershmergas.

Une centaine d’hommes de quarante ans et plus se tenait derrière les murets, surveillant la vallée en contrebas. Pas de canon ; quelques mitrailleuses pas vraiment dernier cri. La petite garnison disposait en tout en pour tout, contre les chars irakiens sur lesquels les troupes de Daech firent main basse à la chute de Mossoul, d’un Milan et de son missile filoguidé, d’une portée de deux kilomètres maximum.

Récemment livrés par l’Allemagne, trente spécimens, pas un de plus, « garnissent » les dix secteurs d’un front interminable, où se joue le sort non seulement du Kurdistan et de l’Irak, mais aussi de la communauté des nations face aux hordes du Califat, supérieurement munies en blindés et en artillerie lourde.

Il y a quelques mois, les Pershmergas, avec le concours de l’aviation américaine, ont repoussé leurs assaillants s’aventurant à découvert dans une ruée désordonnée jusqu’à quarante kilomètres d’Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

Ces combattants dont les chefs sur le terrain viendront plaider la cause à Paris sont parmi les meilleurs du monde, du fait d’un passé séculaire de lutte contre toutes les dominations successives, depuis la conquête arabe jusqu’à Saddam Hussein.

Le dictateur irakien et sa politique de la terre brûlée, vingt ans durant, n’en vinrent jamais à bout.

De la guerilla populaire et de la résistance d’hier, les pershmergas sont devenus l’armée régulière d’un petit pays enfin autonome et à l’âme de bronze, tout entier mobilisé contre un nouvel ennemi mortel.

Bien plus que l’armée irakienne en voie de reconstitution après la déroute de Mossoul, qui peine à reprendre Tikrit malgré le soutien à peine voilé des Pasdarans iraniens, les Peshmergas du Kurdistan irakiens, aussi sommairement équipés soient-ils, sont, comme leurs frères de Kobané hier, le seul bouclier réel sur le terrain de la coalition internationale face à Daesch.

De nombreuses voix s’en sont émues en Amérique et ailleurs, qui appellent à une aide directe aux Peshmergas irakiens et à Erbil, sans passer par Bagdad, théoriquement souverain, en proie à l’anarchie, aux attentats et sous influence iranienne, où l’aide internationale se perd dans les sables de l’incompétence et de la corruption.

Le Califat islamique, après une expansion foudroyante qui a chassé des centaines de milliers de Chrétiens et de Yezidis de leur foyer ancestral et réduit les minorités restantes en esclavage, est aujourd’hui contenu. L’heure du refoulement, annoncent les experts militaires, serait pour bientôt, peut-être même ce printemps.

Ah, libérer Mossoul de la terreur et de la destruction ! Les premiers et, pour l‘heure, les seuls à pied d’œuvre, les Peshmergas, de bouclier, deviendraient le fer de lance d’une guerre désormais de libération. Opérant depuis la voie des airs, les Américains les nomment déjà tout crûment : « our boots on the ground ».

Les chefs pershmergas diront demain à Paris toute leur détermination à repousser l’hydre islamiste. Mais pas seuls. Avec d’autres. « Nous ne sommes les mercenaires de personne », nous ont répété ces combattants et leurs chefs.

Dernier point. Les pays occidentaux, Amérique en tête, se sont fourvoyés comme à plaisir en Afghanistan, en suscitant contre l’Armée rouge le mouvement taliban, matrice d’Al Quaïda quelques années plus tard. Plus proche de nous, arguant de l’anarchie qui ravage le pays, des voix ont remis en cause l’intervention conjointe des pays arabes et des Occidentaux en Libye pour renverser la dictature de Kadhafi.

Même son de cloche, peu ou prou, aujourd’hui vis-à-vis d’Assad, bourreau de son peuple, qu’il conviendrait de ménager parce que Daech.

Les mêmes ne manqueront pas de crier haut et fort qu’aider les combattants kurdes, c’est jouer avec le feu, c’est risquer demain de voir se retourner ces alliés dits de circonstance contre nos intérêts bien compris dans la région, Irak et Iran en tête. Or, aux real-politiciens qui font bon marché de la liberté des peuples, le Kurdistan irakien n’a cessé, depuis la chute de Saddam Hussein et le chaos où l’Irak a plongé, d’offrir le modèle absolument unique dans la région d’un pays démocratique et séculier, d’un Etat de droit doté d’institutions stables et d’une administration correcte, outre que totalement ouvert sur l’Occident dont il se veut l’allié en actes, autant par affinité idéologique que par raison.

S’il y a un pays qui ne saurait -encore moins au lendemain d’une victoire commune- rompre ses attaches avec l’Occident et basculer en son contraire, c’est bien le Kurdistan irakien.

Et c’est à Paris, depuis si longtemps, en Occident, leur ville d’élection, que les Peshmergas ont voulu en premier manifester, à l’aube de mois décisifs, la force du lien qui nous unit dans un combat plus que jamais commun. Alors…


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