Libération de Jafar Panahi : on a toujours raison de ne pas capituler

Jafar-Panahi1-300x190 Nous apprenons par notre ami Abbas Bakhtiari, directeur du centre culturel Pouya, que Jafar Panahi vient d’être libéré.
Abbas Bakhtiari vient, en effet, de s’entretenir avec Tahereh Saeedi, la femme de Jafar, qui lui a confirmé l’information et lui a confié, par ailleurs, que le juge de Téhéran a conditionné la signature du document nécessaire à la libération du cinéaste au versement d’une garantie de 200 millions de toumans (il a fallu, pour cela, hypothéquer, entre autres, la maison familiale).
Cette libération, quels qu’en soient le prix et les conditions, est d’abord un grand moment de bonheur pour Panahi, sa famille et ses proches.
C’est, pour tous ceux qui, à Cannes, ne se sont jamais résignés à l’iniquité de cet emprisonnement et ont gardé à Jafar un siège vide à la table des délibérations du jury, une réparation tardive, mais une réparation quand même.
Quant à la Règle du Jeu qui avait rendu publique la première lettre de Panahi lue, le samedi 15 mai, par Frédéric Mitterrand, Abbas Bakhtiari et Armin Arefi en haut des marches du Palais des festivals, puis, trois jours plus tard, le 18 mai, une seconde lettre en forme d’appel au secours aussi bouleversant que terrifiant, puis, le 20, le texte d’une pétition internationale signée par quelques uns des plus grands noms de la scène intellectuelle et cinématographique mondiale et exigeant la libération sans délai d’un homme dont le seul crime était apparemment d’être un artiste de premier plan et de renommée internationale – quant à La Règle du Jeu, donc, elle voit dans l’annonce de cette libération une victoire de la ténacité et de la volonté démocratique quand elle est clairement affichée.
Que n’avons-nous entendu quand nous avons passé au ministre Mitterrand la lettre qu’il a lue devant les caméras du monde entier!
Que de prudents, ou de faux malins, pour nous objecter que c’est par des voies plus discrètes et plus diplomatiques que l’on fait céder les dictatures!
Quel embarras chez tous les bureaucrates et autres munichois de la politique culturelle qui voyaient le cas Panahi risquer d’éclipser leurs festivités!
Eh bien non.
C’est nous qui avions raison.
Ce sont Agnès Varda, Bertrand Tavernier, Xavier Beauvois, c’est, ici, à la Règle du Jeu, Abbas Bakhtiari, Armin Arefi, Maria de França, qui ont bien fait de ne pas céder et de maintenir la pression jusqu’au bout.
On a toujours raison de résister.
On a toujours tort de se taire et de capituler.
Bon retour, cher Jafar Panahi, au pays des vivants – vos amis.
Bernard-Henri Lévy


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