"Manuel Valls, Michel Onfray et Bernard-Henri Lévy : l’enjeu du débat", par Maria de França (La Règle du Jeu, le 8 mars 2015)

Michel-onfrayLe Premier Ministre, Manuel Valls, n’a pas « attaqué » Michel Onfray comme le crie la blogosphère, notamment à l’extrême-droite, depuis ce dimanche matin.

Il a défendu Bernard-Henri Lévy que Michel Onfray avait attaqué, de manière gratuite, dans une interview récente du Point – et ce n’est, évidemment, pas la même chose.

Car qu’a dit, exactement, Manuel Valls, dans cette interview sur Europe 1/iTELE/Le Monde ? « Quand un philosophe connu, apprécié par beaucoup de Français, Michel Onfray, explique qu’Alain de Benoist, qui était le philosophe de la Nouvelle droite dans les années 70 et 80 et qui, d’une certaine manière, a façonné la matrice idéologique du Front national, avec le Club de l’Horloge, le Grèce, (…) au fond vaut mieux que Bernard-Henri Lévy, ça veut dire qu’on perd les repères ».

Et qu’avait dit, au juste, Michel Onfray dans Le Point ? « Concluez si vous voulez que je préfère une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou Bernard-Henri Lévy (…). Les Papous vont hurler ! Mais ils ne me feront pas dire que je préfère une analyse injuste de BHL sous prétexte qu’il dit qu’il est de gauche et que Pierre Bergé, Libération, Le Monde et le Nouvel Observateur, pardon, L’Obs affirment aussi qu’il le serait…».

Entendons-nous bien.

Michel Onfray a parfaitement le droit de ne pas se sentir « proche » de Bernard-Henri Lévy.

De même qu’il avait parfaitement le droit de déclarer, le 13 avril 2012, sur LCI, que « BHL» est tellement « insoucieux de la misère qu’il y a au pied de sa porte » qu’il « enjambe probablement des mendiants boulevard Saint-Germain » en sortant de chez lui.

Mais on a le droit, nous, de trouver très curieuse cette façon de sortir de la naphtaline un intellectuel, Alain de Benoist, totalement oublié depuis l’époque, il y a trente ans, où il jetait les bases, en effet, de la nouvelle droite et, donc, du Front National.

On a le droit de trouver bizarre cette manière de nous refaire le coup de la fameuse question de savoir s’il vaut mieux « avoir tort avec Sartre » ou « avoir raison avec Aron » – sauf que, là, c’est l’obscur et nauséabond Benoist qui, on se demande bien pourquoi, est tiré de l’oubli pour remplacer Raymond Aron.

De même, d’ailleurs, qu’on a le droit, quand Michel Onfray se répand en considérations oiseuses sur Bernard-Henri Lévy « enjambant » sans état d’âme les corps des « mendiants » du boulevard Saint-Germain, d’entendre Alain Soral faisant exactement le même reproche aux élites mondialisées et « sataniques » qui font, selon lui, la loi dans le monde d’aujourd’hui.

Et Manuel Valls a parfaitement le droit, lui, de dire qu’en procédant de la sorte Michel Onfray sombre dans un populisme qui brouille les repères dont a si cruellement besoin l’éthique républicaine d’aujourd’hui.

http://laregledujeu.org/2015/03/08/19673/manuel-valls-michel-onfray-et-bernard-henri-levy-lenjeu-du-debat/


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