Maux de Guerre (Jerusalem Post, article de Hélène Schoumann, du 17 au 23 janvier 2012)

jerusalem-postDu Pakistan (1981) à la Libye (2011) en passant par la Bosnie et bien sûr par Israël dont il est un farouche défenseur, l’écrivain et philosophe Bernard-Henri Lévy a toujours combattu au nom de la liberté et contre tous les totalitarismes du monde.
Empruntant les chemins périlleux de la vérité, l’homme sage dont les pieds sont bien ancrés dans la Cité comme l’étaient les Grecs de l’Antiquité a son franc-parler. Il dit, dénonce, harangue les foules, et va voir les grands mais aussi les autres, les laissés-pour-compte ; comme il le raconte dans son dernier livre publié chez Grasset : La Guerre sans l’aimer, qui relate son périple de deux cents jours pour sauver la Libye de son tyran Kadhafi.
Dans ce récit palpitant et rédigé sous forme de journal, BHL plus que jamais a fait sienne la phrase de Victor Hugo dans Les Misérables : « Il vient une heure où protester ne suffit plus, après la philosophie, il faut l’action ». Et c’est bien sur le terrain de la guerre que nous entraîne l’écrivain avec l’arme la plus redoutable : son écriture, dense, poétique, littéraire.
On ne dira jamais assez à quel point Bernard-Henri Lévy écrit bien. Son journal se lit d’une traite, comme un roman épique ou comme un de ces récits de voyage qu’on pensait disparu. L’homme est partout à la fois, de Benghazi à Misrata, Jerusalem post H.Schoumannsur les fronts de guerre, à Tripoli. De l’Elysée à New York, il bataille, il témoigne. On pense à Malraux bien sûr, dont il  est un peu l’héritier, car souvent se profile dans ces scènes hallucinantes, où le verbe s’inscrit, où les mots courent plus tranchants que l’épée, une autre guerre, qui jaillit de l’inconscient de l’auteur et se dresse en filigrane du récit présent. Le temps recule et se dessine alors, l’Espagne et ses combattants d’ombre et de lumière, sous une lune ardente qui n’aura pas protégé ses enfants.
Cette guerre-là, oui, est le point aveugle de l’auteur. Et à défaut d’y avoir été, il en a gardé une nostalgie, comme le démontre ce quiz effectué dans son hôtel de Benghazi avec ses compagnons d’infortune. La guerre civile, il la connaît par cœur. En contrepoint, BHL raconte à travers quelques pages magnifiques dans un chapitre intitulé « Le dîner des tribus », près de Benghazi où il était présent, comment tous les grands chefs délaissés par Kadhafi, en habits traditionnels vont sceller un pacte contre le tyran : « Il y a là tous les chefs sans exception, des tribus de Cyrénaïque plus des représentants des autres tribus sortis clandestinement du Fezzan ou de tripolitaine… Et les présents d’une seule voix, grondeuse et chaleureuse, à la fois, d’une voix de bataille et déjà de victoire, lancent : ‘Libya Hora !' »
Là, nous sommes dans l’aventure, celle d’Hemingway. Pour qui sonne le glas ? Certes pour le tyran Khadafi dont Lévy dénonce la perfidie et celle de ce fils préféré qui aura choisi les ténèbres. Et puis il y a cette rencontre avec ce frère d’un moment, Nicolas Sarkozy, dont BHL dit : « Et faut-il que je redise, ici, tout ce qui m’a séparé, me sépare et me séparera de ce président qui n’est pas de ma famille et dont la politique en France n’ a jamais eu mon adhésion ? Reste qu’une drôle d’alliance s’est nouée là ». Téléphones, rencontres à l’Elysée seul ou avec le CNT (Conseil national de transition de la Libye) au fil des pages, le lecteur assiste à cette étrange complicité.
Reste le doute, toujours, qui saisit l’écrivain à travers ce journal flamboyant qui interroge les hommes et leur histoire, leur avenir aussi. Et comme l’écrit Bernard-Henri Lévy : « Ne sommes-nous pas tous, en ces circonstances, les fils de ce Maharal de Prague qui, pensant façonner le nouvel Adam, lâcha au milieu des hommes, un incontrôlable Golem ? ».

Bernard-Henri Lévy, La guerre sans l’aimer, Journal d’un écrivain au cœur du printemps libyen, Editions Grasset, nov. 2011.


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