Pourquoi Sarkozy est parti en guerre (Newsweek, par Christopher Dickey, 3 avril 2011)

Newsweek coverDans leurs lieux favoris en ville, au bar de l’hôtel Raphaël près de l’Arc de Triomphe, dans les salons de thé du Lutétia côté rive gauche et le Bristol côté  rive droite –  loin, en somme, du carnage du désert libyen –, les hommes de lettres ne cessent de se moquer des subtilités quelque peu déroutantes du président français pour entraîner leur pays et le monde occidental vers la guerre. Nombre d’entre eux ont été amusés, ou chagrinés, voire les deux, d’apprendre que l’un des leurs, le si flamboyant (d’aucuns diraient insupportable) philosophe Bernard-Henri-Lévy, a joué un rôle clé pour inciter l’intervention des alliés. Alors qu’il s’installe dans les étoffes de velours rouge du Raphaël, l’homme plus communément connu comme BHL – de loin le plus controversé des intellectuels connus en France – convient qu’il pourrait bien écrire quelque chose lui-même sur ce sujet.

Un tel constat prédisposera, inévitablement, la conscience morale à protéger les civils d’un tyran. Mais, comme l’ont dit des proches de Sarkozy, plus on en apprend sur les origines profondes de la naissance de la guerre, plus les raisons pour lesquelles le président Barack Obama semblait se méfier dès le début de cette alliance deviennent claires. Assez rapidement après l’instauration de la zone d’exclusion aérienne libyenne, l’aide de la Maison Blanche s’est progressivement éloignée de ce qu’elle appelait « la guerre de Sarkozy », ravie de laisser la France en assumer la gloire – ou la faute. Plus tard, après avoir accepté la mise en place la semaine dernière d’une structure de l’OTAN, la répartition des responsabilités s’est révélée si vaste qu’il était difficile de savoir qui la Maison Blanche tenait pour responsable des opérations. Le porte-parole du gouvernement, Jay Carney, a évoqué un « effort de groupe », en précisant « Vous savez, il ne s’agit pas de savoir qui en a le mérite ».

C’est ainsi que toute cette guerre a commencé, en pivotant et chancelant comme une girouette sous BHL SARKOZY NEWSWEEK_0l’orage. Et ce qui peut être le plus surprenant quant à Sarkozy, c’est qu’il semble avoir maintenu le cap. Au jour le jour, parfois d’une heure à l’autre, les lignes de combats ont semblé faire des allers et retours tout au long de l’autoroute du littoral libyen, et les opérations en arrière plan ont été tout aussi bipolaires. A un moment critique, un représentant Libyen anti-Kadhafi a été retardé de plusieurs heures dans un aéroport parisien après un vol qui le ramenait du Qatar en vue d’une rencontre avec la secrétaire d’état américaine Hillary Clinton. Tard ce soir-là, après qu’ils aient enfin pu s’asseoir pour discuter ensemble, Clinton s’en est strictement tenue aux sujets de discussion préalablement convenus, refusant de faire des promesses de soutien. Le Libyen en est ressorti « fou de rage », comme le relate un témoin. Cependant, au cours des jours qui suivirent, Clinton a déployé des efforts énormes pour appuyer la résolution cruciale de l’ONU en approuvant la mise en œuvre de tous les moyens nécessaires à la protection des civils libyens. Elle venait de s’entretenir avec Sarkozy.

Encore et toujours, l’histoire nous ramène au président français. Excepté ce fou de Muammar Kadhafi, aucun personnage de ce drame n’est plus énigmatique ni convainquant que lui. « Il est à la fois tout ce que les gens disent de lui, imprévisible, impulsif – et son contraire », explique la dramaturge Yasmina Reza (Art, Le Dieu du carnage), qui a suivi Sarkozy pendant un an lors de sa campagne électorale dans le but de brosser son portrait, assez dense pour en faire un livre, L’Aube le soir ou la nuit. Bien que ses humeurs en public soient changeantes, dit-elle, rien ne transparaît vraiment. Tout au long du travail de mise en place d’une coalition pour l’action en Libye, alors que Sarkozy se battait pour maintenir les Arabes à ses côtés tout en ignorant l’opposition allemande et en se maîtrisant au sein de son propre cabinet, ses humeurs passaient d’ombrageux et silencieux à excité au plus haut point, « comme s’il avait quatorze ans », selon les termes d’un proche.

Newsweek 3 Il s’avère que Sarkozy a une douloureuse et évidente raison de vouloir cette guerre : les sondages sont tombés à 20%, les plus bas qu’on ait jamais connus pour un chef d’Etat français. Il est prêt pour les élections de l’année prochaine, sans soutien de la gauche et avec une adversaire potentielle, Marine Le Pen, de l’extrême droite. Mais Reza ne croit pas qu’il s’agisse de cela. « Il est intelligent, mais ce n’est pas un homme cynique », dit-elle. « Je pense qu’il possède quelque chose qui est peut-être plus dangereux que le cynisme – ce qu’on pourrait appeler des fixations maladives ». Lorsqu’il adhère à une cause, c’est avec passion, puis son intérêt change de cible. C’est un trait de caractère que Reza décrit comme « enfantin ». L’auteur et critique littéraire Pierre Assouline, qui connut Sarkozy adolescent, dit de lui : « il n’a pas changé ».

Et pourtant, malgré tout cela, certains des proches du président français – amis ou ennemis – s’interrogent sur l’intérêt de Sarkozy pour les manifestants libyens. « Même parmi les socialistes, tout le monde s’accorde à dire qu’il a fait ce qu’il fallait », dit la dirigeante d’un parti en fonctions, d’ordinaire peu en phase avec Sarkozy. Le Français moyen n’est pas aussi sympathique. Les sondages effectués depuis l’intervention laissent à penser qu’il pourrait encore ne pas aller au-delà du premier tour lorsqu’il se présentera aux élections – s’il parvient même à présenter sa candidature. Les deux tiers de l’opinion publique approuvent son action en Libye, mais sur le plan personnel, les chiffres sont épouvantables. « Les Français ne l’aiment pas », dit un ancien conseiller de l’équipe de presse présidentielle. « Ils ne l’aiment vraiment pas ».

La semaine dernière, alors que les rebelles libyens qu’il avait encouragés basculaient entre exaltation et un état proche de l’anéantissement, Sarkozy s’est fait rare, se préparant pour un voyage en Asie prévu de longue date où il devait présider un meeting du G20. Les ministres étrangers alliés se sont réunis à Londres pour parler de la Libye, mais soudain, bizarrement, le rôle de la France semblait mineure en son absence. L’OTAN a repris le commandement aux Américains, les Anglais ont pris la parole, et les attaques aériennes alliées sur les forces de Kadhafi ont ralenti abruptement. Les officiels américains ont accusé la météo. Une porte-parole de l’OTAN a affirmé que le rythme n’avait pas diminué. Mais ce n’est pas à cela que ça ressemblait sur le terrain. Après que l’artillerie lourde du dictateur ait une fois de plus repoussé l’avancée des rebelles vers la ville stratégique de Brega, des insurgés en déroute ont hélé un correspondant de la BBC : « Où est Sarkozy ? Où est Sarkozy ? »

Dès le début de l’insurrection, l’objectif du président français était de faire tomber Kadhafi, indique unenewsweek 4 source proche de lui. « Nous avons presque décidé de le faire nous-mêmes », ajoute-t-elle. Les Français ont une longue histoire d’interventions unilatérales en Afrique, notamment contre Kadhafi au Tchad dans les années 80. Cette fois, cependant, ils ont rapidement trouvé des alliés. Les Anglais, avec le premier ministre conservateur David Cameron, furent nombreux à en être. De même que les dirigeants de la Ligue Arabe, qui avaient leurs propres rancœurs à l’égard de Kadhafi. Mais Sarkozy semblait presque obsédé.  Il est bon de se rappeler qu’il s’était fait un point d’honneur, à une époque, de ramener Kadhafi dans les bonnes grâces du monde. Quelques mois à peine après son élection en 2007, le nouveau président français avait joué la surenchère avec ses partenaires européens pour payer la rançon de cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien qui avaient été emprisonnés en Libye pendant huit ans et menacés d’exécution. Plus tard cette année-là, dans l’espoir manifeste de négocier d’importants contrats avec un Kadhafi supposément réhabilité, Sarkozy a passé près d’une semaine à jouer les hôtes pour lui, pour n’être qu’humilié au quotidien par les requêtes étranges du leader libyen. Kadhafi a planté sa fameuse tente près du palais présidentiel, à l’hôtel de Marigny, bâtisse du XIXème siècle, et quand Kadhafi a tout à coup décidé de visiter le Louvre, Sarkozy a ordonné que le musée soit entièrement évacué. Pour autant, les gros contrats n’ont jamais vu le jour. On lui pardonnerait bien volontiers de vouloir espérer effacer toutes traces de cette histoire en aidant les Libyens à se débarrasser de leur dictateur.

Mais on ne peut se contenter de soutenir une insurrection. On a besoin de pouvoir compter sur quelqu’un, et la révolte s’intensifiant, Sarkozy n’avait aucune idée de qui pourrait s’exprimer en faveur de la nouvelle Libye. C’est à ce moment précis que BHL, le philosophe, a téléphoné au standard de l’Elysée pour faire savoir au président qu’il avait décidé de se rendre dans la capitale rebelle de Benghazi. Sarkozy lui a demandé de l’informer s’il trouvait des meneurs parmi les combattants, et il n’a pas fallu davantage d’encouragements au soi-disant intellectuel aventurier.  De la Bosnie à l’Afghanistan, de l’Iraq au Pakistan, BHL a toujours pris le parti de ceux qu’il considérait comme opprimés – et n’a jamais manqué de s’auto-promouvoir dans le même temps. « BHL a fait comme toujours », dit un ami proche de Sarkozy. « Vous savez, sauvez ceci ! Sauvez cela ! » Mais il a réussi à pousser le système à mettre en œuvre quelque chose contre quoi on ne peut plus aller. »

Sarkozy et BHL se connaissent depuis 1983, ils étaient bons amis. Ils allaient skier ensemble à l’Alpe d’Huez et passaient leurs vacances sur la Riviera, à Beaulieu et à Antibes. Au moment où BHL encourageait vivement une intervention en Bosnie, au début des années 1990, Sarkozy (alors jeune ministre rattaché au cabinet du premier ministre de l’époque, Edouard Balladur) a pris le parti de BHL contre des opposants redoutables tels qu’Alain Juppé qui était alors (et est à nouveau) ministre français des Affaires étrangères.

Cette amitié s’est refroidie pendant la campagne présidentielle de Sarkozy de 2007. BHL soutenait la candidate socialiste et, alliant l’encre à l’insulte, il a publié l’épisode des tentatives vaines de Sarkozy pour le recruter. « Maintenant, j’entends le Sarkozy fermé, féodal, et probablement brutal que ses opposants ont dénoncé, et en qui je n’ai jamais vouloir croire ». BHL a écrit : « Un homme qui possède une vision guerrière de la politique, qui met de la violence dans ses relations, qui croit que ceux qui ne sont pas avec lui sont contre lui, qui n’a que faire des idées, qui pense que les relations interpersonnelles et l’amitié sont les seules choses qui comptent ».

Il a fallu des années pour mettre un terme à cette dissension, et bien que BHL ait décollé pour la Libye le mois dernier, leur relation n’en demeure pas moins compliquée. C’était une mission à l’aveuglette : pour une fois dans sa vie, l’homme de réseau invétéré ne connaissait personne dans le pays où il était projeté. Au cours des premières heures sombres du 1er mars, BHL et deux amis sont passés de l’Egypte à la Lybie via une zone d’accueil pour réfugiés, majoritairement des travailleurs africains qui avaient fui le combat et n’avaient plus nulle part où aller. BHL a été pris en stop dans le camion d’un marchand de légumes.

newsweek 5A Benghazi, les manifestants semblaient avoir perdu la ferveur révolutionnaire qui leur avait permis, au cours des deux premières semaines, de s’emparer, pratiquement sans armes, de la moitié des zones peuplées du pays.  « J’ai senti que la révolution démocratique s’affaiblissait », se souvient BHL. Au même moment, les forces de Kadhafi avaient commencé à se regrouper pour une contre-offensive. A l’hôtel Tibesti, refuge de la presse internationale à Benghazi, la rumeur se répandait que l’opposition organisait un Conseil national de transition par intérim, et BHL, qui a généreusement glissé les noms de certaines personnalités, dont celui de Sarkozy, s’est fait inviter dans le but de s’adresser au groupe. Ils se sont rencontrés dans une imposante et vieille villa complètement vide, près de la Méditerranée. BHL s’est présenté comme un ami personnel de Sarkozy et a indiqué qu’il avait la possibilité d’organiser un rendez-vous. Le président du Conseil, Mustafa Abdul Jalil, a accepté la proposition, et BHL a tenté de joindre Paris via un vieux téléphone satellite et la communication n’a pas cessé d’être coupée. Il y est finalement parvenu, et Sarkozy a accepté de rencontrer la délégation. C’était un exploit de taille. Mais les rebelles ont dit que ça ne suffisait pas : ils voulaient s’assurer de la reconnaissance diplomatique totale avant d’envoyer qui que ce soit à Paris. Quand BHL a transmis le message à l’Elysée, un aide de camp de Sarkozy a répondu : « Impossible ». Sans se laisser décourager, BHL a appelé le président en personne, qui s’est avéré plus amène. Quelques heures plus tard, l’Elysée a salué publiquement la création du Conseil national libyen. Jalil était satisfait. S’en sont suivis les arrangements pour la visite. Deux jours plus tard, le lundi 7 mars, BHL était de retour à Paris, pour une rencontre avec Sarkozy. Le président a décidé de franchir ce pas extraordinaire en reconnaissant le gouvernement rebelle le jeudi suivant. Alors, BHL a pris lui même une initiative extraordinaire. Il a demandé à Sarkozy de tenir secrète toute cette histoire vis-à-vis des Allemands, qui exprimaient déjà des réserves quant au soutien de l’insurrection libyenne, ainsi que vis-à-vis du ministre des Affaires étrangères, Juppé.

Le président a d’abord refusé, arguant que le ministre des Affaires étrangères était « un type bien » et « loyal », mais BHL lui a rappelé la façon dont Juppé avait sapé ses efforts pour sauver les Bosniaques. « Il va ruiner notre travail», a argumenté BHL. C’est pourquoi le ministre des Affaires étrangères français descendait d’un train à Bruxelles lorsqu’il a entendu pour la première fois que la délégation rebelle n’avait pas seulement rencontré Sarkozy, mais avait également été reconnue comme la seule instance représentative libyenne légitime.

Sarkozy s’était vanté auprès des Libyens qu’il n’aurait aucun problème à persuader l’Union Européenne de soutenir sa position. Mais lors d’un sommet à Bruxelles le lendemain, on lui a « claqué la porte au nez », explique un ami. La chancelière allemande Angela Merkel a essayé de prendre de la distance avec le comportement belliqueux français et, suivant la voie de son leader, la presse allemande a qualifié Sarkozy et BHL de « couple d’égocentriques ». Le président français a également subi un pilonnage de la part du Panorama, l’un des magazines appartenant à l’un des meilleurs amis européens de Kadhafi, le premier ministre italien Silvio Berlusconi. La couverture montrait Sarkozy grimé en Napoléon dément. Pendant ce temps, Juppé était censé se débrouiller seul dans les tranchées diplomatiques, travaillant avec plusieurs alliés mécontents pour obtenir l’autorisation officielle du Conseil de sécurité de l’ONU.

Comme le demandaient les rebelles à Brega : où est Sarkozy ? La semaine dernière, alors que les officiels américains et les membres du Congrès discutaient pour savoir qui étaient vraiment les rebelles et s’il fallait les entraîner et les armer, le Secrétaire de la défense, Robert Gates, a dit au Congrès que l’administration Obama refusait de telles responsabilités. « En ce qui me concerne, quelqu’un d’autre peut le faire. » Ce quelqu’un, c’est la France qui, selon des sources proches de l’Elysée, a désormais des entraîneurs sur le terrain et envoie des munitions par voie maritime tout en attaquant les forces militaires de Kadhafi par voie aérienne. Plus que jamais, c’est la guerre de Sarkozy.

Avec Daniel Stone à Washington

Traduit de l’anglais par Sandrine Parpet

_________________________________________________________________________________________________

Version anglaise

In their favored haunts all across the city, at the bar of the Hotel Raphael near the Arc de Triomphe, in the tearooms of the Lutetia on the Left Bank and the Bristol on the Right Bank—a long way, in short, from the carnage in the Libyan desert—the Paris literati are bantering nonstop about the nuances of French President Nicolas Sarkozy’s somewhat puzzling decision to lead their country and the Western world to war. Not a few have been amused, or chagrined, or both, to learn that one of their own, the ever-so-flamboyant (some would say insufferable) philosophe Bernard-Henri Lévy had a pivotal role in prompting the allies’ intervention. “I might write a book about it myself,” says the man commonly known as BHL—by far the most controversial public intellectual in France—as he settles into the Raphael’s dark red-velvet upholstery.

Any such account will, inevitably, lay out the moral case for protecting civilians from a tyrant. But the more one learns of the inside story of the war’s inception, as told by people close to Sarkozy, the clearer it is why U.S. President Barack Obama seemed wary of this alliance from the first. Early in the Libyan no-fly-zone operation, White House aides shied away from what they called “Sarkozy’s war” and were glad to let France have the glory—or blame. Later, under the NATO command structure agreed to last week, they spread responsibility around so widely it was hard to know who the White House thought was in charge. Press Secretary Jay Carney spoke of a “group effort,” saying, “It’s not a question of, you know, who gets credit.”

That’s how the whole war has gone, swiveling and teetering like a weather vane in a storm. And what may be most surprising about Sarkozy is that he seems to have held his course. Day to day, sometimes hour to hour, the battle lines have lurched back and forth along Libya’s coastal highway, and the action behind the scenes has been similarly bipolar. At one critical moment, a delegate from the anti-Gaddafi Libyans was delayed for hours at a Paris airport after flying from Qatar for a meeting with U.S. Secretary of State Hillary Clinton. Late that night, when they finally sat down together, Clinton stuck to her approved talking points, refusing to make any promises of support. The Libyan emerged “drunk with rage,” as one witness recalls. Yet in the days that followed, Clinton put enormous effort behind the critical U.N. resolution approving all necessary means to protect Libya’s civilians. She’d been talking to Sarkozy.

Again and again, the story comes back to the French president. Aside from mad Muammar Gaddafi, no character in this drama is so enigmatic or so compelling. “He’s everything people say about him—unpredictable, impulsive—and at the same time he’s the contrary,” suggests playwright Yasmina Reza (Art, God of Carnage), who spent a year following Sarkozy on the campaign trail for her book-length sketch of him, Dawn Dusk or Night. Although his moods change for all the world to see, she says, deep down there’s nothing transparent. During the effort to build a coalition for the action in Libya, as Sarkozy struggled to keep the Arabs on board, fend off German opposition, and rein in his own cabinet, his moods shifted from dark and silent to excited and on the top of his game “like he was 14,” in the words of a close friend.
Sarkozy has at least one painfully obvious reason to want this war: his recent polls have been down in the 20s, the lowest ever for a French head of state. He’s up for reelection next year with no support on the left and a potent challenger, Marine Le Pen, on the far right. But Reza doesn’t believe it’s about that. “He is smart, but not a cynic,” she says. “For me, he has something that is perhaps more dangerous than cynicism—what might be called serial attachments.” He embraces a cause passionately, but then his attention moves on. It’s a quality that Reza’s book describes as “childlike.” Author and literary critic Pierre Assouline, who knew Sarkozy as a teenager, says “he has not changed.

Yet for all that, few who are familiar with the French president—whether friend or foe—question Sarkozy’s concern for the Libyan protesters. “Even among the Socialists, everybody recognized that he did what should be done,” says a leading party operative, ordinarily no fan of Sarkozy’s. The French on the street are not so kind. Polls taken since the intervention suggest he still may not make it past the first round when he runs for reelection—if he manages to get nominated at all. Two thirds of the public approve what he’s done in Libya, but his personal numbers remain abysmal. “The French people do not like him,” says a veteran of the presidential press corps. “They just do not like him.”

Last week, as the Libyan rebels he’s embraced veered between exaltation and near annihilation, Sarkozy made himself scarce, setting off on a long-scheduled Asia trip to preside at a meeting of the G20. Allied foreign ministers gathered in London to discuss Libya, but France’s role seemed suddenly and weirdly minor in his absence. NATO took command from the Americans; the British were holding the floor, and allied airstrikes on Gaddafi’s forces abruptly slowed down. U.S. officials blamed the weather. A NATO spokeswoman insisted the pace had not diminished. But that wasn’t how it looked on the ground. After the dictator’s heavy weaponry once again reversed rebel gains near the strategic town of Brega, routed insurgents shouted to a BBC correspondent: “Where is Sarkozy? Where is Sarkozy?”

From the uprising’s outset, the French president’s objective was to take down Gaddafi, says an intelligence source close to him. “We almost decided to do it ourselves,” he adds. The French have a long history of unilateral interventions in Africa, including against Gaddafi in Chad in the 1980s. This time, however, they quickly found partners. The British under Conservative Prime Minister David Cameron were very much on board. So were the leading members of the Arab League, who had their own grudges against Gaddafi. But Sarkozy seemed practically obsessed. It’s worth remembering that he once made a mission of bringing Gaddafi into the world’s good graces. Just weeks after Sarkozy’s election in 2007, the new French president outbid his European partners to ransom five Bulgarian nurses and a Palestinian doctor who had been imprisoned in Libya for eight years and threatened with execution. Later that year, clearly hoping for huge contracts from a supposedly rehabilitated Gaddafi, Sarkozy spent almost a week playing host to him, only to be humiliated daily by the Libyan leader’s outlandish demands. Gaddafi pitched his famous tent next to the presidential palace, at the 19th-century Hôtel de Marigny, and when Gaddafi decided to visit the Louvre on the spur of the moment, Sarkozy ordered the whole museum cleared. Still, the really big contracts did not materialize. He could certainly be excused if he hoped to wipe that history clean by helping Libyans to get rid of their dictator.

But you can’t just support an uprising. You need somebody to call, and as the revolt grew, Sarkozy had no idea who could speak for the new Libya. At just that moment, BHL, the philosopher, rang the Élysée Palace switchboard to tell the president he’d decided to go to the rebel capital of Benghazi. Sarkozy told BHL to let him know if he found any leaders among the fighters, and the self-styled intellectual swashbuckler needed no further encouragement. From Bosnia to Afghanistan, Iraq to Pakistan, BHL has always taken the side of those he saw as oppressed—and never failed to promote himself in the process. “BHL did the usual,” says a close friend of Sarkozy. “You know, ‘Save this! Save that!’ But he did manage to push the system to do something that cannot now be undone.”

Sarkozy and BHL have known each other since 1983, and they used to be good friends. They went skiing together in Alpe d’Huez and vacationed on the Riviera at Beaulieu and Antibes. When BHL was pushing for intervention in Bosnia in the early 1990s, Sarkozy (back then only a relatively junior minister in the cabinet of then–prime minister Jacques Chirac) took BHL’s side against formidable opponents like Alain Juppé, who was (and is again) France’s minister of foreign affairs.

The friendship turned icy during Sarkozy’s 2007 presidential run. BHL backed the Socialist candidate and, adding ink to injury, published the story of Sarkozy’s failed efforts to recruit him. “Now I hear the clannish, feudal, possibly brutal Sarkozy that his opponents have denounced, and which I never wanted to believe in,” BHL wrote: “A man with a warrior vision of politics, who hystericizes relations, believes that those who aren’t with him are against him, who doesn’t care about ideas, who thinks interpersonal relations and friendship are the only things that matter.”

It took years to mend that rift, and even as BHL took off for Libya last month the relationship remained uneasy. It was a mission on a wing and a prayer: for once in his career, the inveterate networker knew no one in the country where he was headed. In the dark early hours of March 1, BHL and a couple of friends crossed from Egypt into Libya through an everyman’s land of refugees, mostly African workers who had fled the fighting and now had nowhere to go. BHL hitched a ride in a vegetable vendor’s panel truck

In Benghazi, the protesters seemed to be losing the revolutionary fervor that had enabled them over the previous two weeks to seize half the populated areas of the country almost without weapons. “What I smelled was the democratic revolution cooling down,” BHL recalls. At the same time, Gaddafi’s forces had begun to regroup for a counteroffensive. At the Hotel Tibesti, the haven in Benghazi for the international press, word spread that the opposition was organizing an Interim National Transitional Council, and BHL, who’d been liberally dropping names, including Sarkozy’s, got himself invited to address the group.

They met in an opulent but totally empty old villa by the Mediterranean. BHL introduced himself as a personal friend of Sarkozy and said he could arrange a meeting. Council chairman Mustafa Abdul Jalil accepted the proposition, and BHL began trying to call Paris on an old satellite phone that kept cutting out. He finally got through, and Sarkozy agreed to meet a delegation. That was a huge achievement. But the rebels said it wasn’t enough: they wanted full diplomatic recognition before sending anyone to Paris. When BHL relayed that message to the Élysée, a Sarkozy aide said, “Impossible.” Undeterred, BHL called the president himself, who turned out to be more amenable. A few hours later the Élysée publicly saluted the creation of the Libyan national council. Jalil was satisfied. Arrangements for the visit went ahead. Two days later, on Monday, March 7, BHL was back in Paris, meeting with Sarkozy. The president had decided to take the extraordinary step of recognizing the rebels’ government the following Thursday. Then BHL took an extraordinary step of his own. He asked Sarkozy to keep the whole thing a secret from the Germans, who were already expressing reservations about supporting the Libyan uprising—and also from Foreign Minister Juppé.

The president balked, calling the foreign minister “a good guy” and “loyal,” but BHL reminded him of the way Juppé had undermined his efforts to save the Bosnians. “He will throw a wrench in the works,” said BHL. Which is why France’s foreign minister was getting off a train in Brussels when he first heard that a rebel delegation had not only met with Sarkozy but gotten recognition as Libya’s sole legitimate representatives.

Sarkozy had bragged to the Libyans that he’d have no problem persuading the European Union to back his play. But at a summit in Brussels the next day, he found “the door slammed in his face,” says a friend. Germany’s Chancellor Angela Merkel tried to distance herself from French bellicosity, and, following her lead, the German press branded Sarkozy and BHL “a pair of egomaniacs.” The French president also took a pounding from Panorama, one of the magazines owned by Gaddafi’s best friend in Europe, Italian Prime Minister Silvio Berlusconi. The cover showed Sarkozy dressed as a demented Napoleon. Meanwhile, Juppé was left to soldier on in the diplomatic trenches, working with several disgruntled allies to get the all-important imprimatur of the U.N. Security Council.

As the rebels at Brega demanded: where is Sarkozy? Last week, while U.S. officials and members of Congress debated who the rebels are and whether to train and arm them, Defense Secretary Robert Gates told Congress that the Obama administration doesn’t want such tasks. “As far as I’m concerned, somebody else can do that.” That somebody is France, which, according to sources close to the Élysée, now has trainers on the ground and is sending in munitions by sea as well as attacking Gaddafi’s military from the air. It’s still very much Sarkozy’s war.

With Daniel Stone in Washington


Tags : , , , , , , , , , , , ,

Classés dans :,