Valéry Giscard d'Estaing, Ségolène Royal et Carla Bruni-Sarkozy écrivent à Sakineh

segolène royal On aura rarement vu ça! Par la grâce, à nouveau, du journal Libération, du magazine Elle, de La Règle du Jeu et, ici, du Huffington Post, trois personnages qui ne sont surement d’accord sur rien mais qui unissent leurs efforts pour sauver une femme de la lapidation. La féministe en moi ne peut qu’applaudir. La franco-americaine ne peut que se réjouir de voir les Français adopter un tour d’esprit qu’on trouve plus fréquemment en Amérique et qui est, d’ailleurs, l’honneur de l’Amérique. Valéry Giscard d’Estaing, Ségolène Royal et Carla Bruni-Sarkozy pour une fois sur la même ligne : bravo à Laurent Joffrin, à Madame Valérie Toranian de Elle et à Bernard-Henri Lévy de La Règle du Jeu. Quant à Sakineh, nous retenons toutes et tous notre souffle…
Liliane Lazar

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1. La lettre de Valéry Giscard d’Estaing à Sakineh Mohammadi-Ashtiani.

VGEJe n’interviens pas, par principe, dans les procédures judiciaires qui se déroulent dans les pays étrangers. Par contre, le sort réservé à Sakineh Mohammadi Ashtiani ne me paraît pas compatible avec les usages et les principes du monde contemporain. L’humanité travaille, depuis son origine, à se dégager de ses comportements primitifs et cruels. La civilisation, dans toutes les cultures, vise à aboutir au rejet des pratiques attentatoires à la dignité de l’être humain. La lapidation est une de ces pratiques. La peine que l’on se propose d’infliger à Sakineh nous fait revenir aux âges obscurs de l’humanité. Je pense que la grande culture perse qui a contribué à élever la civilisation humaine mérite mieux que cela. Puissent les autorités iraniennes s’en aviser tant qu’il est temps encore.
Valéry Giscard d’Estaing

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2. La lettre de Ségolène Royal à Sakineh Mohammadi-Ashtiani.

Je pense fort à vous, je pense fort à vos enfants, Fasride et Sajjad, et mon sang se glace. Gardez espoir et courage, de plus en plus de voix s’élèvent partout dans le monde et vont finir par se faire entendre pour abattre les murs de votre prison. En vous aidant c’est nous que nous aidons.
Nous avons besoin de votre liberté pour que notre idéal de liberté et de fraternité avance et gagne du terrain. Là où la dignité des femmes est meurtrie, écrasée, anéantie, c’est l’Humanité toute entière qui recule. Là où la femme est servie en victime expiatoire et asservie pour le seul crime d’être née femme, doivent se lever toutes celles et ceux qui savent que cet obscurantisme conduit à des malheurs plus grands encore. Sakineh, nous ne vous laisserons pas. Tenez bon pour vous, tenez bon pour nous.
Ségolène Royal

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3. La lettre de Carla Bruni-Sarkozy à Sakineh Mohammadi-Ashtiani

Chère Sakineh,
carlaCondamnée à être enterrée vivante, puis à être lapidée ! Votre beau visage, réduit en bouillie ! Vos yeux pleins de douleur et de dignité, votre front, votre cerveau, votre âme… transformés en cible pour des lanceurs de pierres, explosés, pulvérisés, en miettes ! Effroi et consternation ! Cette image de cauchemar qui nous révulse, cette image qui nous terrifie et qui semble issue de la nuit des temps, cette incroyable torture risque donc de devenir réalité.
Pour d’obscures raisons, avec une rage froide, des êtres semblables à vous et à moi en ont ainsi décidé, Sakineh. Des êtres qui s’arrogent le droit de vie et de mort sur celles qui ne leur obéissent pas.
Comment se taire après avoir pris connaissance de la sentence qui a été prononcée à votre encontre ? Ce qui risque de vous arriver blessera profondément toutes les femmes, tous les enfants, tous ceux qui portent en eux des sentiments d’humanité. Et pis encore, vous ne seriez pas la seule à risquer de subir cet effarant supplice…
Je ne vois pas le bien qui peut sortir de cette cérémonie macabre, quelles que soient les justifications juridiques avancées.
Répandre votre sang, priver vos enfants de leur mère, mais pourquoi ? Parce que vous avez vécu, parce que vous avez aimé, parce que vous êtes une femme, une Iranienne ?
Tout en moi se refuse à l’accepter. Le peuple iranien fait partie des nations les plus anciennes et les plus remarquables de la planète. Je ne comprends pas comment les héritiers d’une grande civilisation faite de tolérance et de raffinement pourraient être infidèles à cet héritage millénaire.
Vos juges doivent le savoir, Sakineh, votre nom est devenu un symbole sur la planète entière. Puissent-ils comprendre que, quelle que soit l’époque, quel que soit le lieu, ils ne pourront jamais se laver les mains d’un tel crime ?
Je suis fière de vivre dans un pays où la peine de mort a été abolie. Longtemps, elle a fait partie de nos lois, et je peux vous dire que cette abolition fut une victoire démocratique, très importante pour l’ensemble de notre peuple. Et si cette victoire devenait aussi la vôtre ? Et si la nation iranienne tournait le dos à cette pratique barbare ?
Je prie pour que la justice de votre pays sache faire preuve de clémence à votre égard, ainsi que pour les autres victimes qui risqueraient de subir le même supplice. En France, les enfants apprennent à l’école que la clémence est la principale vertu des gouvernants.
Du fond de votre cellule, sachez que mon mari plaidera votre cause sans relâche et que la France ne vous abandonnera pas.
Carla Bruni-Sarkozy

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4. Le post de Bernard-Henri Lévy en introduction à la traduction anglaise, dans le Huffington Post, de ces trois lettres.
bhlLa campagne en faveur de Sakineh Mohammadi-Ashtiani monte d’un cran. Aujourd’hui, c’est, non pas un, mais trois textes que le quotidien Liberation, le magazine Elle, la revue La Règle du Jeu et le Huffington Post mettent en ligne. Le texte d’un ancien Président de la République française, Valéry Giscard d’Estaing, invitant l’Iran à rester fidèle aux valeurs fondatrices de la grande civilisation perse. Celui d’une ancienne candidate à la Présidence, mon amie Ségoléne Royal, qui fut, avec quelques autres, à l’origine de la pétition par laquelle tout a commencé et qui exhorte Sakineh à « garder espoir et courage ». Et puis l’épouse de l’actuel Président de la République, Carla Bruni-Sarkozy, qui laisse parler son coeur de femme pour s’adresser à cette autre femme, torturée, martyrisée, peut-être demain lapidée, qu’est Sakineh Mohammadi-Ashtiani. La variété de ces textes, la qualité de leurs signataires, prouvent, s’il en était besoin, qu’il y a des situations et des causes qui transcendent les clivages politiques et les appartenances de chacun. Merci à eux trois de l’avoir compris et d’en témoigner ainsi. Merci à tous les hommes et femmes de bonne volonté de signer, en masse, sur laregledujeu.org ou ailleurs, notre appel à la clémence et pour la liberté de Sakineh.
Bernard-Henri Lévy

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