Vincent Peillon

Vincent Peillon


Député européen de talent. Fut, un temps, une des figures de la rénovation possible du Parti socialiste. Puis fut la cheville ouvrière du courant dirigé par Ségolène Royal ainsi que son principal lieutenant. Affaibli par une série de manœuvres, de mauvais calculs ou de trahisons, il s’est rapidement marginalisé. Et le plus étrange est que cet homme d’idées, ce brillant universitaire, a aujourd’hui l’image d’un homme trop souple sur les principes ou prêt à les sacrifier sur l’autel de calculs politiciens dont les Français ne veulent plus. Son (provisoire ?) discrédit illustre-t-il l’inévitable échec des intellectuels qui tentent de se faire une place en politique ?.

Les dates-clef de Vincent Peillon

1960 : naissance de Vincent Peillon à Suresnes (Hauts de Seine)
1984 : Vincent Peillon obtient l’agrégation de philosophie et enseigne la philosophie tout en préparant son doctorat de philosophie.
1992 : Vincent Peillon entre au cabinet d’Henri Emmanuelli, alors président de l’Assemblée nationale.
1993 : Vincent Peillon devient secrétaire du groupe des experts du Parti socialiste.
1994 : Vincent Peillon présente une motion, au congrès de Liévin, contre son ancien mentor Henri Emmanuelli.
1995 : Vincent Peillon entre au bureau national du Parti Socialiste avec la volonté évidente de s’y tailler très vite une place.
1997 : le jeune loup est élu député de la Somme.
2000 : il séduit François Hollande et devient le porte-parole du Parti.
2002 : il perd son siège de député ; changeant de cap, il publie, dans Libération, une tribune intitulée Pour un nouveau Parti socialiste qu’il cosigne avec Arnaud Montebourg et Julien Dray; là naît le NPS, ce courant qui présentera sa propre motion aux congrès de Dijon (2003) et du « Congrès du Mans » Mans (2005)
2004 : Vincent Peillon devient député européen.
2005 : Vincent Peillon, contre toute attente, et à la surprise de la plupart de ses amis, défend, comme Laurent Fabius, le « non » lors du référendum sur la ratification du « Traité de Rome de 2004 » traité établissant une Constitution pour l’Europe ; puis il se re-rapproche de son ancien mentor Henri Emmanuelli et rompt ainsi avec son camarade Arnaud Montebourg, signant ainsi l’acte de décès du NPS.
2006 : Vincent Peillon soutient Ségolène Royal à l’investiture du parti pour la présidentielle ; ainsi deviendra-il l’un de ses trois porte-parole durant la campagne de 2007.
2007 : il est encore battu lors des élections législatives de juin  dans la 3e circonscription de la Somme.
2008 : il soutient, au congrès de Reims, la motion L’espoir à gauche, fier(e)s d’être socialistes, menée par Ségolène Royal qui recueille la majorité des suffrages et devient ainsi la candidate naturelle à la direction du Parti qu’elle rate, finalement, face à sa rivale Martine Aubry.
2009 : Vincent Peillon est réélu député européen ; il constitue et anime, toujours derrière Ségolène Royal, le courant « L’Espoir à Gauche » ; puis trahit Ségolène Royal quelques mois plus tard en tenant sur elle, à Dijon où elle l’a rejoint dans un meeting d’union avec d’autres forces de gauche et du centre, des propos d’une rare violence et dont la goujaterie lui vaudront plusieurs articles assassins.
2010 : invité par Arlette Chabot et France 2 à débattre avec le ministre Eric Besson, Vincent Peillon annule sa participation à la dernière minute afin d’être certain que la chapîne de lui trouve pas un remplaçant ; la direction de la chaîne dénonce ses « méthodes de voyou ». Vincent Peillon demandera sans succès la démission de tous le service politique de France 2, et fini par s’excuser de son attitude quelques jours plus tard.

Les oeuvres-clef de Vincent Peillon.

La Tradition de l’esprit : itinéraire de Maurice Merleau-Ponty, Grasset, Paris, 1994.
Jean Jaurès et la religion du socialisme, Grasset, Paris, 2000.
Pierre Leroux et le socialisme républicain, Le Bord de l’eau, 2003.
Les Milliards noirs du blanchiment, Hachette littératures, 2004.
L’Épaisseur du cogito. Trois études sur la philosophie de Maurice Merleau-Ponty, Le Bord de l’eau, 2004.
La Révolution française n’est pas terminée, Le Seuil, 2008.
Xavier Darcos, Magnard, 2009
Ferdinand Buisson, Le Seuil, 2010.

Vincent Peillon et Bernard-Henri Lévy

Les deux hommes ont été proches. Ils le sont, je crois, toujours. Ne serait-ce qu’à cause de leurs connivences philosophiques (Maurice Merleau-Ponty dont Vincent Peillon est un spécialiste est, aussi, un philosophe que Bernard-Henri Lévy aime bien citer). Et ne serait-ce, aussi, qu’à cause de la présence de Vincent Peillon dans le « système Grasset » (le plus import ants de ses deux premiers livres ont été publiés chez Grasset, la maison d’éditions qui est la « base » de Bernard-Henri Lévy depuis 35 ans !). Plus sérieusement, Bernard-Henri Lévy s’est « mouillé », jadis, le 28 avril 2000, en faveur de Vincent Peillon, en publiant un bloc-notes où il le défendait à une époque où celui-ci était honteusement traîné dans la boue par un parti de chasseurs dont Bernard-Henri Lévy dénoncera le « fascisme à visage cynégétique ». Est-ce en souvenir de cet épisode et du procès qui s’ensuivit (car Lévy fut poursuivi, et condamné, à Tarbes, pour diffamation par les chasseurs en question) que Vincent Peillon a tenu à être parmi les premiers à saluer le livre de Lévy, paru en 2007, Ce Grand cadavre à la renverse ? Je ne sais pas. Toujours est-il que cette fidélité frappe l’observateur d’autant plus que nombre de sujets séparent, en réalité, les deux hommes. Le fait, par exemple, que Vincent Peillon ait appelé à voter Non au Traité pour une constitution européenne. Le fait que, à l’heure où nous écrivons ces lignes, il appelle à soutenir Georges Frêche, ce cacique du Languedoc-Roussillon qui a traité un groupe de harkis de « sous-hommes » et dont Lévy pense qu’il est un « Le Pen light ». Ses palinodies envers Ségolène Royal à qui Bernard-Henri Lévy continue de vouer une vive amitié. Ou bien encore son côté « vieil apparatchik », expert en manœuvres d’appareil, en alliances et retournements d’alliance, que Lévy ne peut que réprouver. L’ancien président d’Yves Saint-Laurent, Pierre Bergé, a aussi été un trait d’union entre les deux hommes puisqu’il a, comme Lévy, cru en Vincent Peillon. Mais il semble qu’aujourd’hui Pierre Bergé s’éloigne de son protégé. A suivre.

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Vincent Peillon

« Saint-Josse et ses chasseurs. Chasse à quoi, au juste ? Et si la vérité de cette chasse dont ils font leur beurre électoral était la chasse à l’homme ? Pas la peine d’aller chercher bien loin les fascistes d’aujourd’hui : ils sont là, bien vivants, tantôt s’en prenant à Cohn-Bendit, tantôt à Dominique Voynet ou encore, comme aujourd’hui, à un député plus obscur [Lévy songe, ici, à Vincent Peillon] que l’on aura quasiment lapidé. Fascisme à visage cynégétique. Fascisme au goût de vinasse et de faisan. » (Le Point, 28 avril 2000)

Citation de Vincent Peillon sur Bernard-Henri Lévy

« Comment dire l’intérêt, l’agacement, l’amitié, la réflexion qu’a suscités pour moi la lecture de ce livre ? En disant d’abord qu’il faut le lire, et le prendre au sérieux, et le discuter. Pour déblayer le terrain : ce livre s’inscrit dans une famille, pas seulement celle de la gauche, mais la famille Humanité qui porte le deuil de Dieu et fait la chasse à tous ses succédanés, qui oppose une universalité humaine, précaire, à faire, jamais donnée, jamais acquise, à tous les racismes, les fascismes, les colonialismes, les totalitarismes. » (Nouvel Observateur, octobre 2007, à propos de Ce Grand cadavre à la renverse, Grasset)
« BHL revendique le beau réflexe de ne jamais séparer la liberté de l’égalité. (…) Lorsqu’il le fait, comme dans le chapitre sur l’incendie des banlieues, il vise et touche diablement fort et juste. » (Nouvel Obs, 4 octobre 2007
 : La liberté, oui. Mais dans l’égalité par Vincent Peillon)


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