On peut reprocher beaucoup de choses à Bernard-Henri Lévy, et notamment cette obsession à vouloir apparaître sans cesse au centre de la photo, on ne peut lui nier une certaine constance dans les combats qu’il s’est fixés, une fidélité à ceux dont il considère la cause juste. En juillet, alors que beaucoup prenaient le chemin des vacances, il s’est rendu en Ukraine pour tourner un troisième film sur la guerre lancée le 24 février 2022 par Vladimir Poutine, traversant le pays du sud au nord au plus près des combats et des hommes qui les livrent. Après Pourquoi l’Ukraine, tourné dès les premières semaines de l’attaque russe en mars 2022, puis Slava Ukraini qui raconta quelques mois plus tard la première contre-offensive ukrainienne, voici donc l’Ukraine au cœur, diffusé ce mardi 14 novembre sur France 2 à 21h10.

Conflit qui menace d’éclipser la tragédie ukrainienne

Un film qui atteste des difficultés – et parfois des succès – de la deuxième contre-offensive ukrainienne, celle-là même qui aujourd’hui patine. De fait, ce film, dont on peut être sûr qu’il sera vu par tous ceux et toutes celles qui ont besoin de le voir tant BHL s’y emploie, a l’immense intérêt de montrer les ravages que cette guerre continue à produire aux portes de l’Europe alors que l’actualité a basculé depuis le 7 octobre sur une autre guerre, celle qui oppose Israël au Hamas. Un conflit qui menace d’éclipser la tragédie ukrainienne, voire de tarir l’aide financière et militaire fournies à Kyiv par les Européens et les Américains, ce qui fragiliserait considérablement les forces de Volodymyr Zelensky.

BHL est quasi de toutes les images bien sûr, dans sa chemise blanche ou son costume noir recouverts d’un gilet pare-balles, la tête souvent coiffée d’un casque, les traits tirés, parfois froissés, mais aussi Sergueï, Volodia, Vitali, Kostia… tous ces hommes qui n’auront pas de répit tant que Vladimir Poutine n’aura pas retiré ses troupes du pays. Du côté de Bakhmout, on voit le philosophe se faire expliquer le maniement d’un obus par un militaire ukrainien. « C’est la position Macron, ton président », lui dit celui-ci. « Mon président, c’est Zelensky ! » répond BHL en riant tandis que l’obus est tiré. On apprendra quelques instants plus tard que celui-ci a touché un bunker où dix Russes s’étaient réfugiés.

Paysage de dévastation

Au cœur du Donbass, les Ukrainiens ne lâchent rien. On voit des hommes, traits tirés, fatigués, tenir une position en pleine nature, tendus, alors que l’ennemi se trouve à quelques centaines de mètres seulement, armé de mitrailleuses de gros calibre et de lance-grenades. Les drones, qu’ils appellent « les oiseaux », permettent de repérer les cibles et parfois même de les traiter. Plus loin, dans une école bombardée, une femme vit comme elle le peut dans les ruines, s’évertuant à cultiver un potager dans ce paysage de dévastation. Plus loin encore, alors que la caméra s’attarde sur le cadavre d’un ennemi que les hommes de Vladimir Poutine ont abandonné là, un prisonnier russe est débriefé. Cet ex-taulard s’est vu promettre l’amnistie s’il partait combattre les Ukrainiens. Il raconte le peu de moyens et de formation dont les Russes disposent. « Comment l’Ukraine perdrait-elle face à un adversaire qui, ici, semble si pitoyable ? » commente la voix off de BHL, caverneuse et lyrique à souhait, évoquant cette injustice qu’il ressent souvent dans ses reportages : « Eux restent pendant que je m’en vais. »

On suit la formation des Ukrainiens aux premiers secours dans des hôpitaux de campagne improvisés, leur entraînement au combat urbain et au pilotage de ces drones « dont je réalise une fois encore qu’ils deviennent le nerf de cette guerre par ailleurs archaïque », déclame BHL. En reconnaissant que, oui, « cette contre-offensive ukrainienne est plus dure que prévu ».


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