« L’antisémitisme est là » : la revue La Règle du jeu, fondée par le philosophe Bernard-Henri Lévy, organise une soirée spéciale, ce lundi 3 juin, au théâtre Antoine, contre l’antisémitisme. Depuis les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023, le nombre d’agressions à caractère antisémite s’envole. Au premier trimestre de l’année 2024, « 366 faits antisémites » ont été enregistrés par le gouvernement français, en hausse de 300 % par rapport au même trimestre l’année précédente. En 2023, 1 676 actes antisémites avaient été recensés, contre 436 en 2022, après une « explosion » de cette haine après le 7 octobre, selon le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Ainsi, contrairement aux affirmations du leader des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, l’antisémitisme en France n’est pas « résiduel ».

À l’occasion de cette soirée au théâtre Antoine, de nombreuses personnalités politiques, telles que Yaël Braun-Pivet, Gérard Larcher ou Anne Hidalgo, mais aussi des intellectuels, des écrivains ou des artistes, à l’instar d’Yvan Attal, feront front commun contre « la plus vieille et la plus meurtrière des haines » : l’antisémitisme. Bernard-Henri Lévy, philosophe et écrivain, a détaillé au Point ses attentes de cette soirée.

*

L’Europe a été créée au lendemain de la Shoah, avec comme serment des pères fondateurs « Plus jamais ça ! ». Aujourd’hui, face à la résurgence de l’antisémitisme, l’âme de l’Europe est-elle en péril ?

Plus qu’en péril, au bord de l’abîme. Car, si vraiment son fondement, son socle est celui-là, si vraiment, c’est sur cette pierre d’angle qu’elle s’est fondée, alors, sans la pierre d’angle, c’est tout l’édifice qui menace de s’effondrer.

Vous dénoncez dans Le Point paru jeudi, ce « nouveau vent de réprobation qui, parti, bien souvent, des États parrains du Hamas, souffle à nouveau sur nos villes ». À qui la faute ?

La faute aux antisémites. Américains, Français, Européens, je m’en fous. Mais c’est à eux qu’est la faute. Aux antisémites. J’en ai marre de cette façon de faire porter aux victimes le poids du crime. On disait ça de Dreyfus : que c’était un mauvais coupable et qu’il était un peu responsable de la vague d’antisémitisme qui déferlait sur la France. Pareil, aujourd’hui. Et c’est ignoble.

Les élections européennes ont lieu dans cinq jours, que pensez-vous du silence des candidats de tout bord politique sur l’antisémitisme latent dans l’Union européenne ?

C’est à cause de cela que j’organise cette manifestation, en réponse à ça.

Qu’attendez-vous de votre soirée de mobilisation au théâtre Antoine ?

Que les listes électorales républicaines se réveillent. Qu’elles comprennent, et qu’elles le disent, que c’est le cœur battant du continent qui est visé.

Ce soir seront présents autour de vous des personnalités de gauche et de droite, ensemble pour lutter contre l’antisémitisme. Nous ne verrons cependant pas de personnalités issues des rangs de LFI ou du RN. Estimez-vous que ces partis sortent aujourd’hui du front républicain de lutte contre l’antisémitisme ?

La France insoumise ? Ce sont des incendiaires des âmes qui portent une responsabilité écrasante dans le désastre que nous sommes en train de vivre. Le Rassemblement national, c’est autre chose. Je suis totalement opposé à leur politique. Je considère leur populisme comme une autre sorte de poison pour la République. Et, quant à leur prétendue rupture avec l’antisémitisme, je n’y crois pas. Je l’ai plusieurs fois dit. Et Jordan Bardella me fait un procès pour cela.


Autres contenus sur ces thèmes