Nicolas Sarkozy a-t-il franchi une ligne jaune en affirmant, lors d’un entretien avec Michel Onfray dans Philosophie Magazine que la pédophilie et le suicide des jeunes relèvent de l’inné plus que de l’acquis ?

J’ai toujours refusé cette espèce de slogan débile « Sarko = facho », « Sarko pire que Le Pen », etc. Ce n’est pas vrai. Mais nous dire qu’il y a une prédisposition à la pédophilie, une prédisposition au suicide, que c’est la génétique qui décide, ce n’est pas supportable. […] Je le connais depuis longtemps, le fait que Nicolas Sarkozy puisse penser que nous puissions être agis par nos gênes m’a véritablement désorienté et accablé. Je trouve cela impardonnable.

La droite et la gauche ont-elles fait une erreur en abandonnant les thèmes et les symboles de l’identité nationale au FN ?

La vraie erreur, ce n’est pas de laisser la nation au Front national, c’est de laisser l’Europe aux autres Européens. La vraie erreur, c’est lorsque nos partenaires européens se sont réunis à Madrid pour un sommet récent et que la France n’était pas là. Cela me paraît bien plus grave pour l’avenir, pour nos enfants, nos petits-enfants, que de laisser Jeanne d’Arc au Front national.

Le vœu de Ségolène Royal que chaque Français ait un drapeau français chez soi vous choque-t-il ?

Je regrette que la gauche française, que le camp progressiste en général, qui a été internationaliste, qui a pensé sa vocation à l’échelle de la planète, qui menait les grands combats de libération ou qui s’en sentait frère, en soit à parler de mettre un drapeau tricolore. La bonne idée, c’était de mettre un drapeau français dans son salon, sur la cheminée, mais de mettre aussi à côté un drapeau européen. Je regrette que Ségolène Royal ne l’ait pas dit.

Allez-vous vous engager dans cette campagne en faveur d’un candidat ?

Je voterai Ségolène Royal au premier tour et j’espère au deuxième tour. […] Je la trouve extrêmement courageuse. Elle a du cran, du caractère. Et sur certaines questions, elle est la moins mal placée pour apporter de bonnes solutions.

Je pense à la question de l’Europe. La première des urgences, c’est revenir sur la honte du non. Je crois que Ségolène Royal, parce qu’elle a autour d’elle des gens du non, parce qu’elle est à la tête d’un parti qui s’est divisé plus que tout autre sur cette question, est la mieux en situation de ramener des « nonistes » vers le oui. […] Quand elle a parlé de la guerre de Tchétchénie et quand elle a prononcé le nom, dans son discours de Villepinte, d’Anna Politovskaïa, lorsqu’elle a dit qu’elle était l’honneur de la presse russe, de la presse en général, j’ai trouvé cela courageux.

Si le sort est défavorable à Ségolène Royal, dans quel état sera la gauche ?

Champ de ruines. Tout à refonder.

Autour de la social-démocratie ?

Autour de la social-démocratie et autour de celui qui était mon candidat, personnellement, et qui s’appelle Dominique Strauss-Kahn. […] D’ailleurs, si elle annonçait ou si elle donnait à entendre que Dominique Strauss-Kahn était son premier ministre en cas de victoire, je pense que les fameux sondages connaîtraient un frémissement tout à fait spectaculaire.


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