Bernard-Henri Lévy présentera ce dimanche à François Hollande à l’Élysée une délégation des combattants kurdes qu’il a invitée en France. Après Bosna ! en 1993 et Le serment de Tobrouk en 2012, BHL a montré vendredi son nouveau film, Peshmerga, au Festival de Cannes. Le documentaire, dont il est le narrateur, relate au quotidien de juillet à novembre 2015, et sur un parcours de près de 1000 km sur la ligne de front, le combat des soldats du Kurdistan irakien contre Daech. Dans une interview au JDD, il explique pourquoi les Occidentaux, et particulièrement les États-Unis, devraient s’engager davantage aux côtés des Kurdes pour « détruire » Daech et reconquérir Mossoul, « le centre nerveux » des attentats de Paris et de Bruxelles. Extraits


Votre film Peshmerga a été sélectionné à la dernière minute par les organisateurs du Festival de Cannes, ce qui a créé un début de polémique sur un favoritisme dont vous auriez bénéficié…

Que les gens arrêtent avec ce complotisme débile. Le film a été montré à Thierry Frémaux quand il a été fini. Thierry Frémaux et son comité l’ont donc sélectionné à leur heure. Il faut être vraiment tordu pour imaginer je ne sais quel favoritisme. De toute façon, on ne sort pas d’un film pareil, ni de l’histoire que j’ai vécue au Kurdistan, pour entrer, comme vous dites, dans ce « début de polémique »… Vous savez, pour un homme comme moi, il y a deux solutions. Ou bien rester chez soi. Ou bien aller sur le terrain se coltiner les brûlures de l’Histoire, et engager son propre corps dans les tragédies du moment. Quand on prend ce second parti, on fait tout pour que ce qu’on écrit, ce qu’on filme, ait un écho maximal.

Des dizaines de reportages à la télévision et dans la presse ont déjà raconté et illustré le combat mené par les peshmergas du Kurdistan irakien contre Daech. Votre film apporte-t-il de nouveaux éléments ?

Des images sur les combats menés par les peshmergas entre l’été dernier et la fin novembre – et elles sont inédites. Pourquoi ? Ce n’est pas tant qu’avec mes trois cameramen, Jacquin, Lotteau et Tayyeb, on ait été plus gonflés que d’autres. Mais les peshmergas nous ont fait confiance. Ils nous ont donné accès à des lieux et des événements où, en général, ils n’emmènent personne. Parce qu’ils savaient que c’était du cinéma et que, par définition, ce serait diffusé bien après le tournage.

Au début du film, on voit un combattant kurde vous montrer des images enregistrées dans son téléphone portable sur les atrocités commises par Daech. Était-ce vraiment nécessaire ?

Je me suis posé la question. Et la réponse est oui – à trois conditions. Un : qu’il y en ait très peu. Deux : que la grammaire du film montre bien qu’elles sont à part. Et trois : qu’elles soient replacées dans leur contexte. Après, c’était la grande recommandation de Soljenitsyne et elle reste – ô combien – valable : « Il faut apprendre à regarder l’horreur en face ». Même si son spectacle est insoutenable, comme le soleil ou la mort.


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