Grâce à l’éditeur Melville House, ses « Guerres oubliées » ne passent pas inaperçues

Les guerres oubliées sont publiées aux États-Unis par Melville House. Cette petite maison d’édition new-yorkaise est née en septembre 2001 sur les ruines du World Trade Center. Un collectif d’intellectuels a édité sous ce label un recueil de textes dédiés aux victimes du drame. Le succès fut immédiat et a aussitôt assis la réputation de cette nouvelle maison. « Ils m’ont envoyé, raconte BHL, une lettre magnifique témoignant qu’ils avaient lu de fond en comble mon livre et en avaient compris la lettre et l’esprit. » Aujourd’hui, Melville publie une quinzaine d’ouvrages par an. Pas plus. Dennis Johnson, son fondateur, accorde à ses auteurs une attention rare. « Avant chacun de mes passages télé, il me contraint à un véritable training, me refile des mots, améliore mon accent ; ensuite, pendant les émissions, il est là, tout près, noircit des pages et des pages de carnet et, ensuite encore, dans la voiture, me fait le débriefing en prévision de l’interview suivante ; c’est un peu l’enfer ; mais d’un autre côté, je n’ai jamais connu un éditeur au monde faire un tel travail ; le type, par ailleurs, est merveilleux ; il est, lui-même, un véritable écrivain ; c’est avec lui, personnellement, que j’ai revu page à page, ligne à ligne, la traduction du livre ; tout cela crée une relation très singulière. » C’est avec un tel souci du détail que le livre de Bernard-Henri Lévy sur Daniel Pearl a été lancé l’année dernière par Melville. Sur un sujet largement traité par les médias américains, l’intellectuel français a réussi à conquérir 70000 acheteurs. Un chiffre rarement atteint depuis Jean-Paul Sartre, et qui met l’auteur au premier rang des écrivains français traduits là-bas avec Jacques Derrida et Alain Robbe-Grillet.

Pour Vanity Fair il est le « rich and famous » idéal

Directeur du redouté Vanity Fair, Graydon Carter est l’un des journalistes les plus influents de la côte Est. Un emballement de sa part vous ouvre les portes de la communauté intellectuelle du pays. « Ce qui me séduit chez Bernard-Henri Lévy, c’est son côté ovni. Il ne ressemble à aucune espèce d’écrivain qui existe chez nous, affirme-t-il. Tout ce qu’on lui reproche en France fait ici sa force. » C’est ainsi que l’année dernière ce mensuel, qui dicte les tendances, a consacré onze pages à l’écrivain, son style de vie et son réseau. Le mois dernier il a même été élu l’un des Européens les plus élégants de l’année. Adoubé par cette bible du bon goût, BHL vient, par ailleurs, d’être sollicité par Atlantic Monthly, le plus vieux journal américain, qui cherche un intellectuel français pour refaire, près de deux siècles plus tard, le voyage de Tocqueville aux États-Unis. « Ce pays est en train de perdre ses repères et ses certitudes. Du coup, il compte sur la vieille Europe pour lui dire qui il est. » C’est à l’historien américain Robert Paxton que nous devons les meilleures analyses sur la France moderne et les conséquences des deux guerres mondiales qu’elle a menées. Est-ce un Français qui aidera l’Oncle Sam à résoudre ses problèmes d’identité ? « J’hésite à accepter, car c’est un travail titanesque, un an de voyage de Miami à Seattle et dans l’Amérique profonde… » Un labeur compensé, dit-on, par une pige royale. Un grand agent new-yorkais parle de 300000 dollars. L’intéressé refuse de commenter.

Avec Arielle Dombasle il joue « confidence pour confidence »

C’est à l’hôtel Carlyle, où se produisent chaque vendredi Woody Allen et son orchestre de jazz, que sont descendus, comme toujours, Arielle Dombasle et Bernard-Henri Lévy. Le lendemain de leur arrivée, le New York Times publiait un article de l’écrivain consacré à cette Afghane qui, ne pouvant vivre au grand jour son histoire d’amour avec un jeune chiite, a préféré se suicider. Née à Norwich dans le Connecticut, Arielle est une fine connaisseuse des subtilités de la société américaine. Elle est aussi la muse, l’inspiratrice et la femme du philosophe. Il était normal que celui-ci lui rende hommage dans Récidives, son dernier livre, qui rassemble en mille pages des extraits de ses carnets intimes, ses réflexions sur la marche du monde, des articles publiés dans le monde entier et des anecdotes personnelles. Les souvenirs heureux de leur mariage à Saint-Paul-de-Vence, le tournage tumultueux du Jour et la Nuit, les retraites secrètes à La Colombe d’or y sont évoqués, ainsi qu’un moyen infaillible pour un homme d’éviter de suivre les dramatiques traces de Bertrand Cantat. Plus loin, il s’interroge aussi sur cette vague d’antiaméricanisme qui submerge la France. Au contraire du gaullisme, qui fédère pour le meilleur des énergies et des écoles de pensées les plus diverses, l’antiaméricanisme est, dit-il, un attracteur du pire, une manière infaillible d’aimanter non le meilleur, mais le pire de chaque courant politique. Il s’est récemment radicalisé, constate avec beaucoup de pessimisme Lévy, au point de devenir un ferment de désagrégation de l’Europe.

Versets romantiques au mariage de Salman Rushdie

« Il y a quinze ans, lorsqu’une fatwa le menaçait de mort, j’étais de ceux qui ont tout de suite soutenu Salman. Je l’ai rencontré, pour la première fois, en Finlande. Il était suivi par une cohorte de gardes du corps. Personne ne donnait cher de sa peau. Aujourd’hui il vit en homme libre, en écrivain reconnu et vient de se marier. » Comme Paul Auster ou Mylène Farmer, Bernard-Henri Lévy fut, avec Arielle Dombasle, l’un des 300 invités au mariage de l’auteur des Versets sataniques et de l’Indienne Padma Lakshmi. Cette fête fut l’une des respirations d’un séjour mené tambour battant. Interview de l’écrivain anglo-indien pour P.b.s., la chaîne de télévision publique, et pour le très chic New Yorker, entretien avec Charlie Rose, le Bernard Pivot local, avec Tina Brown, l’ancienne prêtresse de Vanity Fair, interventions au dîner annuel du Pen Club, conférence devant les étudiants de la Columbia… « Avec Salman, nous nous retrouvons sur la plupart des grands sujets. Nous savons, l’un et l’autre, ce que nos pays respectifs ont à prendre et à donner aux États-Unis. Nous savons aussi que l’islamisme radical est le fascisme du siècle qui commence. Mais bon. Tout cela ne nous empêche pas, aussi, de beaucoup nous amuser lorsque nous sommes ensemble. Salman est, d’abord, l’un de mes amis les plus chers et avec qui je ris le plus. »

Avec Adam Gopnik, heureux comme deux intellos en France

La France n’est pas rayée des tablettes des intellectuels américains. Au contraire, en vanter les mérites, c’est marquer sa défiance vis-à-vis de George W. Bush et manifester son soutien à John Kerry, son challenger. Plus que jamais, « French is beautiful ». Ainsi, Adam Gopnik vient de publier en Amérique une anthologie de textes d’écrivains américains évoquant Paris. Son livre fait un tabac dans les librairies de Manhattan. « La littérature américaine est d’une richesse qui m’étonne encore, s’enthousiasme BHL. Derrière Norman Mailer, Truman Capote ou Philip Roth, on trouve Jeffrey Eugenides ou Jonathan Safran Foer qui, à 30 ans, sont déjà d’une étonnante maturité. Contrairement à ce que l’on pense, les médias américains les respectent et leur accordent du temps pour expliquer leurs pensées, présenter leur livre. Des entretiens en tête-à-tête de trente minutes ne sont pas rares, par exemple chez Charlie Rose. Les écrivains ne sont pas des alibis, mais des personnes écoutés, appréciés, disséqués, et pas seulement à New York. Dans ce domaine aussi, nous avons beaucoup à apprendre des États-Unis. »


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