J’arrive de Jérusalem. J’y étais pour participer à un hommage à un ami cher, et cher pas seulement pour moi, mais pour Jacques-Alain Miller aussi, pour Jean-Claude Milner plus encore et également, je crois, pour beaucoup d’autres qui sont ici. J’y étais pour rendre hommage à celui qui, entre nous trois, faisait lien puisque c’est autour de lui que nous nous sommes trouvés réunis, il y a trois mois, au Théâtre Hébertot, avec, aussi, François Regnault et Alain Finkielkraut, pour discuter les thèses de Jean-Claude, celles des Penchants criminels de l’Europe démocratique – et c’est grâce à lui donc, en un sens, que je me trouve ici. J’étais à Jérusalem pour rendre hommage à notre ami récemment disparu, Benny Lévy.

C’est d’ailleurs bizarre, ces trois-là, Jacques-Alain Miller, Jean-Claude Milner, Benny Lévy, qui ont tellement compté pour ma génération, qui, chacun à sa façon, avaient quitté la scène visible il y a vingt ou vingt-cinq ans, dont nous ne parlions plus que par ouï-dire, qui semblaient être partis vivre et travailler dans une sorte de monde parallèle, c’est bizarre, oui, ces trois-là, ces trois imams cachés, ces trois rois en exil de notre génération, qui ont semblé, au même moment, tel l’homme à l’oreille cassée d’Edmond About, sortir des glaces, s’ébrouer et, comme saisis d’urgences parallèles et probable- ment communes, repartir dans une sorte d’activisme métaphysique, de politique transcendantale – de Jérusalem à Hébertot, et de Hébertot à la Révolte des Psys…

Bref. Je ne vais pas vous dire que Benny eût été avec nous dans ce débat, je n’en sais rien. D’autant qu’il y a, dans son avant-dernier livre, Le Meurtre du Pasteur, des pages très dures contre la pastorale freudo-lacanienne – quoique à une autre hauteur, vous ne l’ignorez pas, que les attaques misérables des suiveurs d’Accoyer ! Mais enfin, je me suis sou- venu, à Jérusalem, des rapports complexes, mais finalement assez étroits, de Freud au judaïsme : sa virtuosité dans le maniement de la Bible ; sa vénération pour le maître du Talmud Yohanan ben Zakaï ; sa lettre à Oskar Pfister de 1918 où il se demande pourquoi la psychanalyse a été inventée, non par un juif pieux, mais par un juif athée de son espèce. Je me suis souvenu de Lacan qui a toujours insisté, lui, sur le fond juif de la psychanalyse : le Juif présenté comme celui qui, depuis le retour de Babylone, est « celui qui sait lire » ; le mot célèbre sur « ce trait décisif » qu’est « la foi unique que Freud faisait aux Juifs de ne pas faillir au séisme de la vérité » ; le regret, aussi, qu’il avait du « christocentrisme » de son maître dans Moïse et le monothéisme.

Et puis le hasard a surtout fait que je me suis trouvé avoir à commenter une page magnifique du livre de Benny, le dernier, son livre posthume, où, commentant une page de L’Etoile de la Rédemption de Rosenzweig, il définit le Juif comme un « essentiel survivant » : pas survivant des camps, non ; pas survivant au sens étroit ; mais survivant d’une opération de soustraction par rapport au mouvement du discours et de l’histoire universels ; survivant au sens d’élément intraitable, de reste, de cette histoire universelle. Et, dans cette page, je n’ai pas pu ne pas entendre une métaphore de ce qui vous rassemble ici et de ce qui, d’une certaine manière, nous rassemble tous: une métaphore de la psychanalyse, une métaphore de la position de l’analyste comme reste non dialectisable, insubstituable, incommensurable, dirait Jean- Claude Milner, dans le procès de la cure et dans la dynamique du signifiant de la cure – je n’ai pas pu ne pas voir, dans ce reste-là, ce reste de Benny et de Rosenzweig, la métaphore de votre objet a à vous, la métaphore de ce reste qui, ici aussi, en psychanalyse, résiste à tout ce qui prétend le dissoudre ou l’absorber, à tout ce qui, en elle, résiste et résistera toujours, par définition, aux attaques, aux procès et, en l’espèce, à l’évaluation.

Car telle est, chers amis, ma première conviction. Telle est la première chose qui m’est apparue très clairement, à Jérusalem, en repensant, avec un peu de distance, à tout ce tohu-bohu déclenché par les sbires d’Accoyer. Il y a eu attentat contre la psychanalyse. Il y a eu tentative de meurtre contre le freudisme, cette tentative de meurtre que je détaillais lors de notre dernier rassemblement, lorsque j’énonçais les sept principes qui me semblaient visés au cœur par la conspiration des imbéciles rassemblés derrière Accoyer, Vasseur et quelques autres. Mais ce n’est pas la première tentative. Il y a eu, avant cela, Robert Castel, Deleuze-Guattari, les antipsychiatres, d’autres, beaucoup d’autres, sans parler de Jung et des jungiens, toutes tentatives qui furent quand même d’une autre portée que cette opération à laquelle nous assistons. Et, de même que Freud a résisté à Jung et aux jungiens, de même que Lacan et les lacaniens ont tenu bon face aux deleuzo- guattaristes, de même Jacques-Alain Miller et vous tous, en vous arc-boutant aussi aux principes de la psychanalyse, en flairant très vite le danger avec un sens stratégique et tactique qui, au demeurant, m’a beaucoup frappé et sur lequel je m’interroge jusqu’à maintenant, je crois que, de la même façon, vous avez eu raison de cette tentative de liquidation de la psychanalyse.

Je ne sais pas où en sont les amendements divers et variés qui s’inspirent plus ou moins de l’initiative Accoyer. Mais je sais que les auteurs de ce tohu-bohu sont tombés sur un bec et que ce bec c’est Jacques-Alain Miller, l’Ecole de la cause freudienne et vous. Rappelez-vous d’ailleurs que, lorsque Pantagruel arrive sur les îles de Tohu et de Bohu, il y trouve un géant occupé à dévorer les moulins. Sauf que les moulins sont pleins de coqs et de poules qu’il doit avaler avec et qui finissent par avoir raison de lui et le terrassent. Eh bien voilà. Pauvre Accoyer ! Pauvre Cléry-Melin ! Pauvre Vasseur ! Vous avez été, chers amis, comme les coqs et les poules de Rabelais. Vous avez, nous avons, foutu un tohu-bohu d’enfer. Et je sais que, du coup, la bataille est gagnée : ça va cogner, sans doute ; ça va encore batailler dur ; mais, à la fin des fins, vous aurez gagné, vous ne mourrez pas, vous échapperez à cette nouvelle tentative d’élimination. Pour dire la chose autrement, et puisque l’une des réussites de Jacques-Alain Miller est d’avoir rassemblé autour de ce combat des psys et des non-psys, notamment des écrivains, nous sommes, vous êtes tous, chacun d’entre nous est, comme l’écrivain selon Daniel d’Arthez dans l’apostrophe fameuse à Rubempré « un martyr qui ne mourra pas »…

Ce qui m’est apparu, en revanche, en repensant à tout cela, à notre dernière rencontre au Méridien, à tout ce qui s’est produit depuis, ce qui m’est apparu aussi, et plus radicalement peut-être, c’est que si cette bataille-ci est gagnée, si la psychanalyse a échappé à l’attentat, elle n’était, la psychanalyse, que la pointe émergée d’un iceberg et que d’autres batailles se profilent qui pourraient bien s’avérer être plus rudes, plus difficiles encore, et touchant à l’essentiel. C’est quoi l’essentiel ? J’y viens. Car c’est de cela que je viens aujourd’hui vous parler.

D’abord, et pour mémoire, la peur, la grande peur, la panique que ces gens ont organisée. Ce n’est pas bien de créer la panique. Pas bien du tout. On l’a fait avec le sida, il y a vingt ans, quand on disait que c’était un cancer gay. On le fait avec l’alcool, le tabac qui tue, le soleil qui rend malade et détruit la peau. On le fait chaque fois que triomphe ce fameux principe de précaution dont a excellemment parlé Catherine Clément. On le fait depuis longtemps, c’est même l’un des traits du médecin selon Bianchon, le médecin de Balzac : celui qui sème la peur. Eh bien les marchands de peur viennent de récidiver. Et cette récidive va sûrement laisser des traces. Et il nous reste à comprendre le pourquoi de cette prise de pouvoir par les marchands de peur – il nous reste à comprendre pourquoi cette société choisit de privilégier la peur comme moteur général de son système d’éducation et de prévention…

Ensuite, deuxième attentat, deuxième mauvaise action de ces mauvais géants qui sont tombés sous le bec de la psychanalyse et de leurs alliés : la science. Ces Messieurs prétendent parler au nom de la science. Sous prétexte qu’ils manient le langage des chiffres, des courbes, de l’étalonnage, bref, de l’évaluation, ils nous font le coup de la science et font comme s’ils parlaient en savants. Non mais, quelle honte ! Quelle ignorance ! Le malheur pour ces crétins c’est que ceux qui sont ici ont fait leurs premières armes philosophiques du côté, justement, de la science, de la réflexion sur la science, de la question de savoir ce qu’il en est de la science, comment ça marche la science. Je pense à Miller, bien sûr. A Milner. Je pense à tout le petit groupe de normaliens regroupés, à l’époque, autour des Cahiers pour l’analyse. Mais je pense aussi, modestement, à moi-même, génération suivante, qui ai passé quelques années à travailler autour de Georges Canguilhem, l’homme et l’œuvre. Et on sait, nous savons tous, que la science c’est autre chose, presque le contraire : la fantaisie, la poésie, la facétie, le père Noël pour les savants, l’invention du concept de réflexe par un obsédé des briquets à feu, l’invention de la théorie cellulaire par un romantique, la migration des concepts, leur déplacement, leur farandole. Il faut être vraiment ignare pour croire que faire de la science cela consiste à résoudre des problèmes et, pour cela, les mettre en équation. Donc il y a eu, on vient d’assister à un attentat contre cette grande chose qu’est la science. Il y a eu, on vient d’assister à un grand moment d’ignorance collective face à cette chose magnifique et complexe qu’est le fonctionnement d’une science. Et je crois qu’il faut le dire ; je crois qu’il nous appartient de le dire ; je pense que, si la bataille de la psychanalyse est en passe d’être gagnée, si l’amendement Accoyer sera, selon toute vraisemblance, retoqué, si l’amendement proposé par le Sénat hier n’ira pas forcément jus- qu’au bout, je pense qu’il y aura une autre bataille à mener, sur vos bases, sur nos bases, sur la base de votre pratique et de la pensée qui en est issue – la bataille pour l’idéal scientifique et contre le scientisme ; je pense qu’il nous appartient de reprendre l’étendard, de prendre la défense de l’idéal de la science (comme, peut-être, celui de la Politique qui baisse la tête devant les énarques) contre ces gens qui confondent tout. Vous vous rappelez les « cours de philosophie pour scientifiques » donnés par Althusser et les althussériens au milieu des années 60 ? Vous vous souvenez de cette belle invitation à aller « aux savants » comme on va « au peuple » et à défendre leur cause avec la même énergie que celle du prolétariat ? Eh bien, ce n’était pas mal. Rétrospectivement, je trouve que cela avait même pas mal d’allure. J’étais lycéen, en ce temps-là, tout petit lycéen, mais j’en ai un souvenir néanmoins très précis et j’estime que nous ne serions pas mal inspirés de renouer avec quelques-uns de ces slogans – peut- être y aura-t-il demain, pour les psychanalystes et les autres, à mener cette bataille pour la dignité de la science contre ceux qui en donnent cette image bureaucratique, démagogique et absurde.

Et puis, surtout, un troisième attentat, plus grave encore, contre la société. J’écoutais Catherine Clément et Elisabeth Roudinesco. Et je me demandais ce qu’aurait dit un autre de nos maîtres d’alors, Michel Foucault. Oh bien sûr, les relations de Foucault et de la psychanalyse n’ont pas été plus idylliques que celles d’Althusser. Encore que… Vous savez comme moi que Foucault a toujours cité Lacan, aux côtés de Dumézil, Roussel et Blanchot, parmi ses maîtres vénérés. Vous savez avec quel respect il a toujours parlé et de Freud et de Lacan – sauf, peut-être, à l’époque de L’Anti-Œdipe. Et j’ai même souvenir d’un texte extraordinaire paru dans le Corriere della sera, au moment où, avec quelques autres, il lançait le principe et les premiers éléments de ces fameux « reportages d’idées » qui ont tellement compté pour nombre d’entre nous, j’ai souvenir d’un texte où, évoquant les années 50, il donne la plus belle explication que je connaisse de l’obscurité de Lacan : que la lecture, explique-t-il, ne soit pas simple prise de conscience des idées exposées par le texte ; que le lecteur se découvre lui-même comme sujet de désir dans le mouvement qu’il fait pour lire et pénétrer le sens du texte ; que ce travail fait pour lire soit un travail de réalisation de soi-même autant que d’intelligence de la pensée d’un autre. Donc, je me demande ce qu’aurait dit Foucault, comment il réagirait s’il était toujours vivant à ce débat misérable lancé par les évaluateurs. Et ma réponse est que le tohu-bohu en question, ce débat, les propositions qui nous sont faites et auxquelles nous réagissons, hier au Méridien, aujourd’hui à la Mutualité, tout cela indique aussi que l’on est en train de nous préparer une société étrange et assez conforme, dans le fond, à ce qui fut son cauchemar récurrent depuis le temps de La Naissance de la clinique jusqu’aux textes sur le « biopouvoir » de la toute fin. On se disait c’est une lubie d’intellectuel. Une vision d’apocalypse. On mettait cela sur le compte de son gauchisme invétéré. Mais franchement…

Ces préfets de l’âme par exemple, ces évaluateurs que propose Accoyer, ces contrôleurs généraux ou régionaux de la santé psychique, qu’est-ce d’autre que les psycho-flics qu’il annonçait dès ses premiers commentaires en marge de Folie et déraison ? est-ce que ce n’est pas le même rêve de visibilité sans limite pour les sujets, le même régime d’indiscrétion généralisée, la même injonction faite à tous de se dire et se découvrir ?

Ces mises en diagnostic, cette classification maniaque, cette idée d’une réglementation et d’un fichage, est-ce que cela ne vous semble pas être le point d’aboutissement d’un mécanisme que Foucault a bien prophétisé et d’un renverse- ment du rapport de la médecine à la société ? Foucault disait dans des textes que je cite de mémoire, et ce fut d’une certaine manière vrai, que le capitalisme moderne allait tout transformer, qu’il allait passer d’une médecine collective, celle qui s’occupe des corps et des âmes en vrac, à une médecine individuelle se jouant dans le face-à-face entre un patient et son médecin. Mais il disait aussi : gare !, le mécanisme inverse est tout aussi exact, un mécanisme qui verra, au contraire, les pratiques individuelles de la médecine céder la place aux pratiques sociales, la pratique de la médecine s’éclipsant ou disparaissant pour autant qu’elle ne s’offre pas et ne se présente pas comme une pratique sociale. Cela encore, nous y sommes. C’est vers cela que nous conduisent les Accoyer, Vasseur et consorts. Une modernité qui, loin, comme on croit toujours, de passer d’une médecine collective à une médecine privée traitant de plus en plus clairement les malades comme des « sujets » ou des « cas », mettrait en péril, ou en réserve, l’idée même d’une clinique qui ne soit pas une pratique sociale.

Ce réseau de contrôle de plus en plus dense en train de s’établir partout, ce complexe juridico-médical en train de prendre forme, tous ces annuaires, ces bottins, ce système de plus en plus serré de normes, est-ce que cela ne vous rap- pelle pas la médecine « sans champ extérieur » annoncée dès la naissance de la clinique ? la médicalisation sans limites prêtée aux sociétés modernes ? la prophétie d’une médecine appelée à devenir la science reine de l’époque, la religion de l’âge moderne ?

Et quand, enfin, la médecine devient cette science reine, comment éviter le corrélat absolument constant que Foucault fut, une fois de plus, le premier à pointer : une poli- tique devenue elle-même une région de la clinique ? et un devenir qui, selon Foucault toujours, est le premier pas, décisif, en direction du monde que je décrivais au Méridien au mois de décembre dernier et qui est celui du totalitarisme ? Vous connaissez l’enchaînement. Vous connaissez tous le cas, tellement éclairant, de ce médecin de la génération précédente, le fameux Docteur Destouches, qui devient d’abord Céline puis qui devient le collabo antisémite que nous savons à l’instant très précis où il redevient le médecin qu’il fut et forme les propositions d’une politique assimilée à une clinique. On est, très précisément, dans Foucault… On est au point exact où les visions infernales de Foucault, sa pensée cruelle comme il disait, trouvent à s’incarner, évidemment comme toujours ou comme souvent, sous les visages un peu farcesques et un peu comiques des représentants de la pensée évaluatrice.

Bref. Peu importe, en un sens, que Foucault ait eu raison ou non.

Peu m’importe de savoir si les amis d’Accoyer l’ont lu ou ne l’ont pas lu – et je suis sûr, d’ailleurs, qu’ils ne l’ont pas lu. Ce qui compte c’est qu’il nous a donné, Foucault, dans les mêmes textes et dans d’autres, en même temps que la compo- sition du poison celle de l’antidote ; il nous a soufflé, en tout cas dans ses derniers textes, les moyens de résister à ce devenir hospitalier du monde ; il y a dans les textes de Michel Foucault et, notamment, dans le dernier cours, « Il faut défendre la société », des stratégies de résistance à l’attentat qui vient d’être perpétré.

Ce qui compte c’est qu’il y a une théorie, chez Foucault, disant que défendre les droits de l’homme cela suppose de maintenir des zones de non-médicalité, des projets d’hygiène et de gestion des corps qui ne doivent tomber, en aucun cas, sous le contrôle des médecins: il y a un texte que vous trouverez dans le deuxième volume des Dits et Ecrits et dont je n’ai malheureusement pas eu le temps de retrouver la référence, où il explique très bien que défendre les droits de l’homme, multiplier ces droits, élargir les espaces de liberté, donner aux hommes les moyens d’être libres et de résister, c’est élargir ces espaces de non-médicalité, c’est inventer, imaginer, laisser venir, des procédures, des lieux, où puissent se dire une souffrance, un mal-être, un mal- vivre, qui échappent à la médecine…

Ce qui compte c’est le Foucault qui, dans un texte sur la Révolution française, oppose les projets de la Convention terroriste qui prévoyaient trois médecins par district, et je ne sais plus combien par département, aux propositions du Comité de mendicité qui prônait, lui, la déshospitalisation de la société française.

Voilà.

C’est cela le programme.

C’est très exactement cela qu’il faut faire.

C’est ce que fait, déjà, et depuis sa naissance, la psychanalyse ?

Oui ! Son premier geste fut la démédicalisation de différents phénomènes que la symptomatologie du siècle précédent considérait comme des maladies.

Ce geste inaugural, cette coupure d’un autre genre, je ne connais pas un freudien sérieux qui ne passe sa vie, et sa pratique, à le répéter, et le répéter encore.

Et c’est pourquoi, dans la grande armée levée par Jacques-Alain, je propose de mobiliser les foucaldiens.

Car, chers amis, il faut rester mobilisés.

Par-delà la psychanalyse qui, je vous le répète, est sauvée, il faut défendre la société contre les évaluateurs.

Par-delà la corporation, il faut lutter contre cette façon de faire de nous des corps dociles et des âmes tristes – cette façon de transformer l’homme en cette « bête démente et triste » qui, dans La Généalogie de la morale, était l’image même du dernier des hommes.

Lacaniens, foucaldiens, ni lacaniens ni foucaldiens, philosophes anciens et nouveaux, sonnés, timbrés, fêlés de tous les pays, névrosés lourds ou légers, sceptiques, bienheureux, chers amis, pour nous tous, le combat ne fait que commencer.


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