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Les Aventures de la liberté, histoire des intellectuels en ce siècle, écrite par Bernard-Henri Lévy, va occuper nos mercredis pendant encore trois semaines (A2). Personne ne s’en plaindra. De Zola à Sartre, il y a là de quoi fasciner n’importe quel spectateur un peu averti. D’abord, les images, des documents remarquablement traités par Alain Ferrari, où des noms pétrifiés sous la poussière des bibliothèques s’animent et prennent visage. Dans le premier volet, Péguy, menton levé, frémissant, Dreyfus le capitaine, oui, en détention, et sa voix, sa voix, le jeune Aragon, ange au menton mou, et la bande des surréalistes, Vychinski, terrifiant procureur pendant les procès de Moscou… À propos, où étaient alors les héritiers de Zola ? Ils étaient là. Mais du mauvais côté.

BHL, maintenant : col ouvert, parlant face à la caméra à cinq ou six reprises pour raconter cette histoire d’égarements et de fureurs, il va faire hurler, évidemment. Il a l’habitude. On le chicanera : trop de place à celui-ci, pas assez ou pas du tout à celui-là. Bien sûr, il est de parti pris. Toutes ces belles âmes d’intellectuels lui lèvent le cœur à l’occasion. Et les occasions ne manquent pas. Les gardiens du temple ne lui pardonneront pas davantage ce que l’écran a de réducteur, inéluctablement. Mais quand l’occasion vous est donnée de parler à deux ou trois millions de gens plutôt qu’à deux cent mille, on ne le fait pas en chinois. On emploie un langage télévisuel, assorti d’ailleurs, ici, d’un commentaire très élaboré. C’est un pari sur le mariage de la culture et de la télévision. On serait, à tous égards, heureux qu’il soit gagné.


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