Si je suis venu ici c’est d’abord, bien entendu, pour témoigner de ma solidarité et vous dire que nous sommes nombreux, en France, à avoir les yeux fixés sur votre ville et le combat que vous menez.

Mais c’est aussi pour, au-delà de vous, m’adresser à tous les autres, ceux qui ne sont pas ici, mais, d’une certaine façon, nous écoutent aussi – et, parmi eux, ces égarés qui ont voté Mégret dimanche dernier, qui voteront pour lui dimanche prochain, et à qui je voudrais simplement dire ce qui les attend s’il est élu.

Il faut qu’ils sachent, ceux-là, que si, par malheur, Monsieur Mégret devenait maire de votre ville, un climat de haine sourde, de suspicion généralisée, de violence, s’y installerait.

Des criminels de droit commun, déguisés en militants, inonderaient vos boîtes aux lettres de tracts assassins ou, comme la semaine passée, d’immondes savonnettes censées nettoyer – sic – la ville de sa vermine.

La municipalité appliquerait les principes de « préférence nationale»: on viendrait chercher, dans les classes, les fils et les filles d’immigrés; on viderait les crèches de leurs bébés trop bronzés ; on réviserait les modalités d’attribution des HLM ; on encouragerait les hôpitaux à soigner, en priorité, les Français dits « de souche »; allez même savoir si l’on ne finirait pas, un jour, oh ! petit à petit, par leur réserver les espaces publics et assigner aux autres, les Français de moins « fraîche date », des jours, ou des matinées, à la piscine municipale : il faut qu’ils sachent que leur ville, sous cette égide, deviendrait le laboratoire d’un apartheid à la française, un mini-Soweto qui serait la honte de la France.

Il faut qu’ils sachent que, si Monsieur Mégret l’emportait, on verrait se multiplier les bandes et les milices privées. Les fusils à pompe sortiraient des caves. Les apôtres de la « légitime défense », ou les amateurs de ratonnades, relèveraient, plus que jamais, la tête. La haine nourrissant la haine, la fureur alimentant la fureur, il faut que les Vitrollais sachent qu’il s’ensuivrait, non pas moins, mais plus d’insécurité.

Il faut qu’ils sachent – car nombre d’entre elles l’ont annoncé – que des entreprises quitteraient la ville, que d’autres renonceraient à y venir, que les jeunes de Vitrolles, écœurés, choisiraient, en très grand nombre, d’aller bâtir leur vie ailleurs et de laisser la ville à ceux qui auraient pris le risque, fou, de l’offrir à ces barbares. Vitrolles deviendrait une ville morte. Vitrolles ressemblerait à une ville maudite. Elle entrerait dans cette léthargie propre aux cités déshéritées. Si bien qu’elle connaîtrait, non pas moins, mais plus de chômage, de misère et de crise.

Les déshérités d’aujourd’hui ? Tous ces pauvres gens qui, dans la détresse, et parce qu’ils n’en pouvaient plus de tant d’humiliation et de malheur, auront choisi le pire ? Quel dommage qu’ils n’aient pas lu, ceux-là, le programme de Monsieur Mégret ! Il se trouve que je l’ai lu, moi. C’est ce qu’on appelle, en jargon politique, un programme « ultralibéral ». Ce qui veut dire, en clair : un programme terrible pour les faibles ; impitoyable pour les laissés-pour-compte ; un programme où l’on ne respecte que les forts et où, comme dans tous les programmes fascistes, on prévoit d’écraser les humbles, les éclopés, les petits. Monsieur Mégret se moque des petits. Monsieur Mégret méprise les exclus. Il y aura, s’il est élu, non pas moins, mais plus d’exclus.

Je veux que les Juifs se rappellent que le Front national n’est pas un Parti comme les autres ni, dans ce Parti, Monsieur Mégret un dirigeant ordinaire : le Front national est un parti antisémite et Mégret est un petit Führer français qui s’accommode à merveille de cet antisémitisme à front de bœuf.

Je veux que les catholiques se souviennent des mises en garde que leur adressait, avant sa mort, Monseigneur Decourtray : le Parti de Monsieur Mégret, disait-il, c’est « le mépris, la défiance, la violence » ; c’est le retour de ce « paganisme anti chrétien » où l’Église a toujours reconnu le plus redoutable de ses ennemis ; on ne peut pas être catholique et élire Monsieur Mégret.

Il reste à Vitrolles, je le sais aussi, des femmes et des hommes qui ont gardé un peu de leur cœur là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée, dans cette Algérie où ils ont grandi et qu’endeuille, jour après jour, la terreur sans visage des islamistes. Eh bien je veux qu’ils sachent, encore, que Monsieur Mégret est de ceux qui approuvent cette terreur et que, quand un commando du GIA égorge, par exemple, un journaliste, c’est l’égorgeur que l’on célèbre et l’égorgé que l’on outrage ; je veux qu’ils sachent que les amis de Monsieur Mégret sont complices des tueurs qui sont en train de faire de l’Algérie une terre de souffrance et de ruines.

Monsieur Mégret c’est le crime.

Monsieur Mégret c’est la guerre.

Monsieur Mégret est l’héritier, non pas de ceux qui ont fait la France, mais de ceux qui, au long des siècles, n’ont eu de cesse de la défaire.

Il est l’héritier des traîtres de Vichy. Il est l’héritier des factieux qui, vingt ans plus tard, voulaient plonger la France dans la guerre civile. Il est le rejeton des illuminés, assoiffés de sang, qui, au XVIe siècle, entendaient purifier la France de ces immigrés de l’intérieur qu’étaient déjà, à leurs yeux, les protestants.

C’est difficile, la France.

C’est un pays magnifique et fragile dont l’identité s’est forgée, au fil des âges, par l’addition d’hommes et de femmes aux origines innombrables.

C’est ce miracle dont Monsieur Mégret et les siens ne veulent plus.

C’est cette identité qu’ils ont décidé de dissoudre et de livrer aux démons de la division et de la vengeance.

Ce sont eux les ennemis de la France. Et c’est pourquoi il faut, sans relâche, les renvoyer à leur indignité.

Vous connaissez le mot de ce social-démocrate allemand qui, au lendemain de la prise du pouvoir par Hitler, définissait le « fasciste » comme celui qui fait appel au cochon qui sommeille en chaque homme. Soyons nombreux, dimanche, à empêcher l’invasion des cochons.


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