Voilà un festival qui n’aura pas été fatal à Roman Polanski. C’est le Festival de Berlin. Et il vient de lui décerner l’Ours d’argent pour son film, The Ghost Writer. Alors, on a beau dire que c’est l’homme Polanski qui compte et pas l’artiste. On a beau dire, comme nous l’avons dix fois fait ici, que nous l’aurions défendu exactement de la même manière s’il n’avait pas été Polanski mais juste un individu, « sans importance collective ». On a beau dire et répéter que c’est sa célébrité ainsi que son talent, son génie, qui, loin de le protéger, l’accablent en lui fabriquant ce faisceau de présomptions et de crimes qui n’existerait pour aucun autre que lui. Il reste que cette nouvelle est, ici, pour nous, une nouvelle extraordinaire. Elle prouve deux choses. D’abord qu’il y a encore des hommes et des femmes d’honneur – le jury du Festival de Berlin – qui ne se laissent pas intimider et qui, face à un chef-d’œuvre, osent encore crier au chef-d’œuvre. Ensuite qu’il y a des tempéraments – Roman Polanski lui-même – que ne décourage pas la meute lâchée à leurs trousses et qui croit les avoir acculés et détruits. J’ai eu le privilège de voir Roman Polanski finir ce film. J’ai eu le privilège de le voir, l’espace de quelques heures, affiner à distance une coupe, corriger à l’aveugle un étalonnage ou réinventer un regard ou une couleur de ciel depuis le fond de sa prison. Eh bien cet Ours d’argent c’est la victoire de son courage. C’est la sanction magnifique d’un esprit de résistance hors du commun. À tous les salopards qui pensaient l’avoir enterré, à la horde de vengeurs plus ou moins masqués qui rêvaient de le voir enterré vivant tel un nouveau Masque de fer, à tous ceux qui voulaient l’oublier et que le monde entier l’oublie, on vient de rappeler cette vérité première : les artistes sont indestructibles ; ce sont eux, pas la meute, qui, à la fin des fins, ont toujours le dernier mot. Salut, Roman. Salut, ami. Grande émotion.


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