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Gilles Deleuze

Par Liliane Lazar

Gilles Deleuze a violemment attaqué la Nouvelle Philosophie et ses penseurs, BHL en particulier, son premier essai étant dirigé contre Deleuze.

Portrait en noir et blanc de Gilles Deleuze qui fume une cigarette
Gilles Deleuze en 1987. ©Raymond Depardon

Gilles Deleuze et Bernard-Henri Lévy

De ces relations on ne connaît plus, aujourd’hui, que l’article assassin que Deleuze publia, le 5 juin 1977, en Supplément au n°24 de la revue bimestrielle Minuit, et dont la cible était la Nouvelle Philosophie en général et Bernard-Henri Lévy en particulier. La violence de ce texte (intitulé « A propos des nouveaux philosophes et d’un problème plus général ») surprend aujourd’hui. Mais il faut la resituer dans son contexte. Je n’entre pas dans le détail des relations personnelles entre les deux hommes qui semblent avoir été, d’abord, plutôt cordiales. Mais il faut savoir que ce texte était une réponse à une charge, très violente elle aussi, livrée par les nouveaux philosophes contre Deleuze et ses amis Felix Guattari et Jean-François Lyotard. Contre ce dernier, L’Ange de Christian Jambet et Guy Lardreau avait sonné la charge dès 1976. Et, contre Deleuze, c’est Bernard-Henri Lévy lui-même qui avait ouvert le feu. La Barbarie à visage humain, en effet, n’était pas ce livre « contre le marxisme » qu’a retenu la vulgate. C’était un livre qui s’en prenait au marxisme certes, mais aussi au deleuzisme. Bernard-Henri Lévy s’en prenait à ce qu’il appelait, tantôt « les désirants », tantôt « L’idéologie du désir ». Il y voyait une forme d’optimisme historique, ou de naturalisme, dont il disait qu’elle lui semblait jumelle du marxisme et aussi périlleuse que lui. Sans doute était-ce faire beaucoup d’honneur à la pensée deleuzienne que de la mettre ainsi sur le même plan que celle de Marx. Mais c’était aussi livrer une attaque frontale qui ne pouvait rester sans riposte. Gilles Deleuze revanchard ? En tout cas, une vraie polémique. Voire un règlement de comptes. Pour être grand philosophe, on n’en est pas moins homme. Et c’est cet homme, finalement, qu’a aimé Bernard-Henri Lévy et auquel je le soupçonne de rester obscurément fidèle.

Bernard-Henri Lévy à propos de Gilles Deleuze

Deleuze, moqueur mais intéressé, lors de nos longs thés de fin d’après-midi à l’hôtel Lutetia et avant que, découvrant la façon dont La Barbarie à visage humain le traitait, il ne décide de contre-attaquer dans un article vengeur et, ma foi, assez drôle sur « l’infection » que nous représentions.

Ce Grand Cadavre à la renverse, Grasset.

La Barbarie était un livre bien plus dirigé contre Deleuze que contre le marxisme.

Entretien avec François Noudelmann, La Revue Littéraire, septembre 2005.

Prenez ce texte qui s’appelle « Grandeur d’Arafat ». Est-ce que ce n’est pas un texte dégueulasse ? Et qui suinte la haine ? »

Mars 2000, Paris Première, émission de Thierry Ardisson, Rive Droite Rive gauche.

Gilles Deleuze à propos de Bernard-Henri Lévy

Je crois que leur pensée est nulle. […] Ce que je leur reproche, c’est de faire un travail de cochon. […] C’est vraiment l’infection. […] Lévy, c’est tantôt l’imprésario, tantôt la script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le disc-jockey.

Supplément au n°24 de la revue bimestrielle Minuit.


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