Les premières nouvelles ce sont, bien sûr, les morts.

Chaque mort.

Chaque blessé, chaque amputé, chaque vie fauchée, chaque famille brisée par cette guerre atroce.

Ce sont les bombardements qui s’intensifient, ces dernières heures, sur Hulyaipole, Sievierodonetsk, Lysychansk, ces villes du Donetsk qui sont le dernier but de guerre de Poutine.

Ce sont les tirs sporadiques sur Lviv, qui prouvent qu’il n’y a pas une ville d’Ukraine qui soit à l’abri de la fureur urbicide du dictateur.

Sans parler de la cité martyre par excellence, Marioupol, sur laquelle s’est abattue, dans la nuit de dimanche à lundi, une pluie de bombes au phosphore et où un dernier carré de combattants épuisés, parfois blessés, continue de résister dans les souterrains sans eau, sans vivres, enfumés, de l’usine forteresse d’Azovstal – mais combien de temps tiendront-ils ? avec quelles armes ? quelles munitions ? et que penser de l’appel à l’aide qu’a lancé, à travers moi, le commandant en second du bataillon, Ilya Samoïlenko : « sauf miracle, c’est fini, nous allons mourir, jusqu’au dernier » ?

Je rentre d’Ukraine.

J’y retourne bientôt.

Rien au monde, aucune considération politique, géopolitique, militaire, n’effacera l’horreur de cette violence pour rien, de ces crimes gratuits et de ces villes pilonnées, parfois rasées, qui sont les Carthage, les Troie, les Babylone, les Ninive d’aujourd’hui.

*

Mais les nouvelles, c’est aussi la libération de Kharkiv qui se confirme.

Les amis d’Odessa dont je sens, au téléphone, malgré les missiles qui tombent encore, au petit bonheur, sur un immeuble résidentiel ou une usine, qu’ils commencent de respirer.

C’est Kyiv qui n’y croyait pas, mais où la vie revient.

Ce sont les 700 localités, parfois minuscules, que les troupes du commandant en chef Zelensky ont reprises, dimanche et lundi, dans tout le pays, et où l’on s’affaire déjà à rétablir l’électricité, l’eau, les services minimum.

C’est l’armée russe dont le repli s’accentue, lugubre et piteux, dans les régions de Melitopol, Berdyansk, Enerhodar.

Ce sont les centaines de drones descendus par des unités de défense antiaérienne ukrainiennes dont la vaillance n’a d’égale que l’ingéniosité tactique et technique.

Ce sont les ponts flottants et les transports de troupes qui devaient permettre, au nord du Donbass, de franchir la rivière Sieverskyi Donets et qui ont été détruits, en même temps que le bataillon du génie russe censé opérer la manœuvre, par des armes ukrainiennes hors d’âge disposées dans les tranchées.

Les nouvelles, c’est la troupe russe démotivée et décimée par une guerre où près d’un tiers des engagés, selon le Renseignement britannique, a succombé.

C’est la vingtaine de tankistes qui, dans la région de Zaporijia, ont préféré tirer sur leurs propres véhicules ou les mettre en panne plutôt que de monter au front. Il y a un moment, dans toutes les guerres, où l’on en revient aux raisons les plus simples.

L’un sait pourquoi il combat ; l’autre ne le sait pas.

D’un côté des unités motivées et mobiles qui, comme les guérilleros de la « Tatchanka » d’Isaac Babel venant à bout, avec leurs simples mitrailleuses vissées sur des carrioles à cheval, des artilleries les plus redoutables, infligent chaque jour de nouvelles pertes à la deuxième armée du monde ; de l’autre, des corps apeurés et cupides, ivres de vin et de stupeur, qui se cabrent, reculent et, sur les rares images que l’on a, semblent des pantins lestés.

D’un côté, une armée de citoyens soldats qui, quels que soient le déséquilibre des forces, la cruauté inhumaine de l’adversaire, la souffrance, sont résolus à ne rien céder ; et, de l’autre, une armée de violeurs et d’assassins qui, quoi que veuillent et disent leurs chefs, quelque puissance de feu qu’ils soient en mesure d’aligner, manquent de cette arme, invisible mais décisive : le moral et le sentiment, aussi, de mener une guerre juste.

*

Ajoutez à cela l’Otan qui se réveille.

L’accueil que fait l’organisation à la Suède et, surtout, à la Finlande avec ses 300 000 hommes mobilisables.

L’Europe qui n’a jamais été si unie, ni si forte, que face à cette menace russe dont elle comprend enfin qu’elle est la cible ultime.

Ajoutez le mouvement de solidarité mondiale dont le dernier exemple en date est la victoire, à l’Eurovision, du groupe Kalush Orchestra et de son clip tourné dans les ruines de Boutcha et de Borodyanka.

Je plaide ici, depuis des semaines, pour que l’on cesse de chercher, non seulement des excuses, mais des portes de sortie au boucher Poutine.

J’explique que la seule manière d’éviter une guerre générale sur le continent est d’aider les Ukrainiens, sans faillir, à repousser l’envahisseur en deçà de la frontière qu’il a franchie, au mépris du droit international non moins que des lois de la guerre, en ce funeste jour du 24 février 2022.

Nous y sommes presque.

L’Ukraine est en train de nous donner une leçon de courage et d’excellence militaire.

Sa victoire dépend de nous et sera, pour la paix du monde, la meilleure nouvelle possible.


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