Terrorisme, islamisme, djihadisme… Depuis les attentats du 11 septembre, les médias assènent des mots dont nous voyons les conséquences mais dont la réalité profonde nous échappe. Qui sont réellement les fois de Dieu ? D’où viennent-ils ? Que se passe-t-il dans leur tête ? Sont-ils le produit de l’islam lui-même ou bien d’un dévoiement de la modernité ?

De nombreux experts ont été convoqués pour répondre à ces questions. Aussi savantes soient-elles, leurs explications n’ont qu’effleuré le sujet. Il fallait un livre d’écrivain pour comprendre la mécanique interne de ces nouveaux possédés du terrorisme. Le voici. Qui a tué Daniel Pearl ? de Bernard-Henri Lévy est bien plus qu’une enquête sur la mort du journaliste américain Daniel Pearl, c’est une mise en scène vertigineuse, qui rappelle à bien des égards l’enquête géniale et paranoïaque de James Ellroy sur l’assassinat de sa mère et celle de Norman Mailer sur Lee Harvey Oswald.

Ses détracteurs ont souvent reproché à Bernard-Henri Lévy sa propension à se mettre complaisamment en scène. Avec cette expérience littéraire extrême, l’ancien nouveau philosophe impose la nécessité de ce regard sur soi. Dès les premières pages de son livre, en rapportant la stupeur de ses interlocuteurs pakistanais face à l’énoncé de son nom, il le souligne. Il fallait s’appeler Lévy, être nous seulement juif, mais athée, nourri aux mamelles du progressisme occidental, pour mettre ses dans ceux de Daniel Pearl, « juif de gauche, progressiste, Américain hostile – toute sa carrière en témoigne – à ce que l’Amérique peut avoir de bête et arrogant, ami des incomptés, de l’universel orphelin, des déshérités. »

Le tragique destin de Daniel Pearl ne fournit pas par hasard les motifs d’un livre majeur dans la bibliographie de Bernard-Henri Lévy. À la croisée des chemins, il éclaire en effet des obsessions parfois très anciennes pour le philosophe : l’islam radical, la guerre ethnique en Bosnie, la survie d’Israël, la dérive fondamentaliste de l’Amérique, le lent redressement de l’Afghanistan, la lâcheté des démocraties européennes, la trahison des clercs, les droits de l’homme et de la conscience, la question du choc des civilisations et certain pessimisme quant à la nature humaine et à l’avenir du monde.

Mais comme Norman Mailer et James Ellroy déjà évoqués, Bernard-Henri Lévy ne veut simplement se payer de mots. À une époque qui se prétend cynique, mais qui ne fait que douter d’elle-même, il croit encore aux livres capables de remuer le monde. De ce point de vue, Qui a tué Daniel Pearl ? est un magnifique acte de foi dans les pouvoirs de la littérature. C’est un livre incarné, un récit physique, écrit avec le corps autant qu’avec l’âme, un réquisitoire dangereux, qui accuse et demande des comptes à un État curieusement ménagé par les stratèges de la Maison-Blanche : le Pakistan.


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