A BHL : SALUT, HOMBRE ! par Fernando Arrabal

arrabalLa Règle du Jeu vient de mettre en ligne un merveilleux texte d’Arrabal, en soutien à Bernard-Henri Lévy. Je le reproduis ici. Dans la fosse aux vipères qui s’agitent, ces jours-ci, autour de Lévy ce sont des lignes rafraichissantes.
Liliane Lazar.

J’ai vu très rarement Bernard-Henri Lévy depuis 40 ans. La dernière, il y a un an. Nous nous sommes retrouvés accidentellement. Mais je sais qu’il est toujours là. Avec le groupuscule des justes. Et Ionesco le savait aussi, et les « ácratas » espagnols d’alors, et Levinas

Dans l’impossibilité de m’adresser à ses détracteurs, j’écris ces mots. Sauront-ils les rendre sensibles à la valeur humaine de celui qu’ils dénigrent?

On condamne un homme qui me semble s’engager constamment. Les néo-inquisitions n’exigent-elles plus de pourfendeurs? L’humilié n’a-t-il plus besoin de défenseurs? Le crime, d’accusateurs? Le juste est un nuage dont le songe est le vent.

La première fois que j’ai vu Bernard Henri Lévy nous étions ensemble en Espagne. Pour le premier meeting anarchiste depuis la mort de Franco. Ce ne fut qu’un début…

…je l’ai revu, par exemple, aussi, à la frontière occupée par les militants de Pol Pot. Lorsque nous sommes revenus du Cambodge, comme ce fut difficile de communiquer l’étendue du désastre ! Pourquoi cette haine? Et pourtant nos chiffres étaient si modestes par rapport au cataclysme…

Jusqu’à quand l’acharnement se haussera-t-il, conquérant ? Pour que le groupuscule ne puisse plus parler ? Pynchon, Louise Bourgeois, Benjamin Ivry, Kundera, Houellebecq, à nous !

Comme j’aimerais avoir la lucidité et le panache d’un Quichotte. Comme j’aimerais tenir l’autorité morale de mes maîtres, depuis Samuel Beckett.

Justement, alors que j’étais emprisonné à Carabanchel, Samuel Beckett écrivait à mes juges franquistes (sans que je mérite son plaidoyer): « … qu’il soit vu à la lumière du grand mérite d’hier, et de la grande promesse de demain …. qu’il… soit rendu à sa propre peine ». Ces mots paraissent écrits aujourd’hui. C’est toujours ce que doit souffrir le juste pour témoigner.

Les blessures se cicatriseront et deviendront des aiguillons. Avec quel élan l’eau se sculpte en vagues et la rage se mue en inspiration…

Fernando Arrabal, 11-II-MMX


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