J-9 : Qui est Ala Hoshyar Tayyeb, le cameraman blessé lors du tournage de « Peshmerga », le film de Bernard-Henri Lévy ?

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Je suis né, le 10 mars 1983, au Kurdistan iranien, dans une famille musulmane. Mais depuis l’âge de 15 ans, je ne crois plus aux religions.
Adolescent, j’étais le rebelle de ma famille.
J’ai essayé par deux fois de me suicider. J’étais trop pessimiste.
Je lisais beaucoup de livres.
Je suis allé habiter plusieurs fois, plusieurs mois durant, sur la frontière d’Afghanistan. Et je suis devenu peshmerga en 1999, au sein d’un parti politique kurde iranien, pendant 7 ans : Komala, contre l’Iran.
En 2007, je me suis réfugié en Europe, et j’ai été plongé dans une situation économique extrêmement difficile : j’ai dormi dans les rues d’Athènes, puis dans des rues italiennes.
Après quelques semaines j’ai débarqué en France, à Nice et à Cannes. Toujours en dormant dans les rues.
Je trouvais chaque jour quelque chose à manger dans les poubelles. J’ai traversé la France de ville en ville, en train.
A chaque étape, les contrôleurs de la SNCF me faisaient descendre, puisque je n’avais pas de billet, mais j’ai tout de même pu gagner Paris.
Je suis resté dix jours dans la capitale.
J’ai dormi dans un lieu, dehors toujours, près de Gare de Lyon, avant de poursuivre ma route, à nouveau.
Après trois mois de chemin, ce périple européen m’a mené en Norvège où je suis resté six ans. Là, j’habitais un camp de réfugiés. Mais j’ai tout de même découvert Nietzsche. J’ai dévoré ses livres. Ces derniers m’ont rendu encore plus pessimiste.
Je me souviens très bien : je n’avais plus que 400 couronnes ; j’ai acheté une corde qui m’a coûté 200 couronnes ; je l’ai attachée au milieu de ma chambre, puis j’ai mis une chaise en dessous, sur laquelle je suis monté. J’ai enroulé la corde autour de mon cou. Quand j’ai sauté, la corde s’est détachée…
Après cela, ma vie a complètement changé. J’ai décidé de rentrer au Kurdistan.
J’ai rencontré une femme « Hêro » avec laquelle je me suis marié.
En 2013, je suis allé habiter Kirkouk et suis devenu présentateur sur une chaîne de télévision.
Quand Daech s’est emparé de Mossoul, je suis parti couvrir en tant que journaliste la première offensive sur Kirkouk. Mes premières images ont été prises avec un téléphone portable. Une balle de sniper djihadiste m’a atteint et blessé. Il visait aussi ce téléphone.
Peu après, j’ai acheté une vraie caméra et je suis retourné au front pour filmer.
En quelques mois, je suis devenu le correspondant de la chaîne d’information kurde NRT.
Puis, j’ai rencontré François Margolin en 2015. Nous avons discuté et décidé de travailler ensemble sur le projet de film « Peshmerga ».
Avec Bernard-Henri Lévy, avec son ami Gilles Hertzog, et avec mes deux collègues cadreurs, Camille Lotteau et Olivier Jacquin, on ne s’est plus séparés et on a tourné ensemble toutes ces images dont je suis fier.
Quand j’ai appris que le film avait été sélectionné à Cannes, ce fut un réel bonheur. C’était comme un rêve qui devenait réalité.
A mon arrivée à cette 69ème édition du Festival de Cannes, je me suis souvenu du temps où j’avais dormi dans les rues de cette ville. Mais, ce jour-là, j’ai gravi le tapis rouge, les célèbres marches du Festival.
Je voudrais ajouter pour finir que, depuis le début de l’aventure du film, je considère Bernard-Henri Lévy comme un père. Depuis que l’on se connait il ne m’a jamais laissé, y compris lorsque j’ai été gravement blessé lors du tournage.
Je ne saurais dire combien je l’aime !

 

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« Peshmerga », de Bernard-Henri Lévy, en salles le 8 juin prochain, à Paris. 

 

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