Bernard-Henri Lévy, enragé d'Europe (JDD, le 22 juin 2014)

jddDans la salle de répétition du Théâtre de l’Atelier, à Paris, Jacques Weber, gronde, murmure, tonne, s’insurge. Sa silhouette massive, couronnée d’une crinière blanche, semble ébranlée par le texte de près de deux heures qu’il rugit. C’est Hôtel Europe, monologue théâtral de Bernard-Henri Lévy dont l’avant-première a lieu samedi 27 juin, à Sarajevo, veille du centenaire de l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand, qui marqua le déclenchement de la Première Guerre mondiale.


La pièce raconte le retour d’un écrivain, BHL, à Sarajevo, vingt ans après les déchirants événements de l’ex-Yougoslavie. Il prépare un discours sur l’Europe et n’arrive pas à le construire tant son sujet lui paraît instable, fragile et malade. Cette obsession d’Europe? « Elle est totalement en moi, commente BHL. Il se passe dans le monde des choses qui me mettent en rage. Toute ma vie je me suis indigné. Cette fois, cela me touche d’encore plus près. Je crie ma colère contre mon pays. J’ai mal à ma France. » Qu’attend-il de ce texte? « J’aimerais qu’il pose le débat européen escamoté lors des dernières élections. Mais j’aimerais encore plus que l’on sache que notre avenir, c’est l’Europe ou la mort. » Pourquoi a-t-il choisi Jacques Weber pour interpréter son propre rôle? « C’est un stradivarius, un instrument d’une sensibilité et d’une précision diaboliques. »

Fasciné par la puissance des mots, Weber réplique : « J’ai la chance de pouvoir jouer quelque chose d’inhabituel, en prise directe sur l’actualité. Molière, quand il écrivait Le Tartuffe, travaillait sur un thème de son temps. Avec violence. Je regrette que les auteurs actuels n’écrivent pas davantage sur leur époque. Les XXe et le XXIe siècles offrent pourtant bien des sujets. Ici, j’essaie de donner de la chair au texte de BHL. » La mise en scène du Bosniaque Dino Mustafic situe l’intrigue dans une banale chambre d’hôtel. Une chaise, une table, un ordinateur et un téléphone portable constituent les seuls éléments de décor. Sur un mur défilent des images qui parlent de Sarajevo et de l’Europe. Quand retentit la voix de Jacques Weber, la passion et l’émotion sont au rendez-vous.

Hôtel Europe, le 27 juin à Sarajevo au Théâtre national devant des chefs d’État et de gouvernement européens. Le 11 juillet à la Fenice de Venise dans la seconde édition de son festival d’été (du 27 juin au 12 août). Et à partir du 9 septembre au Théâtre de l’Atelier à Paris.

Nicole Duault



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