"Hôtel Europe"? Un texte essentiel qui appelle un sursaut

salome 9Tribune publiée sur le Nouvel Observateur par Olivia Zerath-Cattan, Présidente de « Paroles de femmes ».

Invitée par la Licra afin de voir la pièce de théâtre « Hôtel Europe » de Bernard-Henri Lévy, je ne pouvais pas rester silencieuse après avoir vu un tel spectacle.

Jacques Weber, un talent incroyable

Je m’attarderais quelques instants sur la performance de Jacques Weber qui est au-delà de ce que j’avais pu déjà voir au théâtre ; même s’il faut une vingtaine de minutes afin de rentrer dans le texte, ce comédien donne tout sans compter et sans pudeur. Il se met à nu, au sens propre du terme puisqu’il termine la pièce affublé d’une petite serviette qui cache assez mal d’ailleurs ses parties intimes lorsque l’on se trouve dans les premiers rangs.

Il est tour à tour drôle, émouvant, profond, exalté, désespéré…Défendant ce texte avec une totale sincérité.

Alors que nous attendions Bernard-Henri Lévy pour un débat, nous avons finalement appris à la fin du spectacle que celui-ci ne viendrait pas. C’est donc Jacques Weber qui prononça quelques mots assis sur le sol en simple peignoir comme un boxeur épuisé. Il nous expliqua sa tristesse de voir les mauvaises critiques, sa difficulté première à comprendre le texte de BHL…

Mais il nous parla avec émotion de son envie de faire bouger les lignes, de faire naître un sursaut dans une société où l’antisémitisme, le racisme, l’extrémisme pluriel sont de plus en plus présents et ce, dans toute l’Europe. Il termina par une phrase expliquant son engagement total :

« Cette pièce, dit-il, est à l’angle de ce que je suis en tant qu’homme et en tant que citoyen ».

Et je crois que c’est cela l’important dans Hôtel Europe. L’engagement que ce texte nous inspire.

Le texte de Bernard-Henri Lévy est un trésor

À quand la révolution qui mettrait à terre toute cette haine ordinaire de l’autre jetée lâchement sur la toile ? À quand l’émergence des idées universelles et de l’intelligence face à la bêtise ambiante ? À quand le sursaut des braves, des grands hommes et des femmes engagées ? Faut-il aller chercher les morts, Husserl, Derrida, Hannah Arendt, Levinas, Benny Lévy pour remplacer des vivants immobiles face à nos valeurs universelles qui s’effondrent ?

À travers ce texte, Bernard-Henri Lévy conspue cette Europe administrative sans visage faite de petits hommes gris sans courage qui préfère régler des problèmes accessoires que la crise en Ukraine.

Peu importe l’auteur et son style agaçant, peu importe ses frasques et certaines prises de position, son ego parfois surdimensionné… Peu importe finalement que son texte soit parfois confus, passant maladroitement de Sarajevo à Dieudonné, de l’Ukraine à la burka, d’un problème de chaudière à Marine le Pen ou encore de ses histoires de sexe à trois. Peu importe aussi que les droits des femmes se résument aux seules Pussy Riot.

Son texte reste un trésor de mémoires diverses, de moments qui constituent notre histoire à tous.

Devenir enfin les maîtres de notre destin

J’aurais préféré qu’il écourte un peu la pièce, qu’il fasse moins de digressions pour en retirer la substantifique moelle et qu’il évite ce rapport malsain qu’il semble avoir vis-à-vis des femmes. Mais peut-être a-t-il voulu nous montrer que même si l’on est un homme engagé au centre des conflits, on n’en reste pas moins homme.

Un homme avec des problèmes quotidiens, des défauts, des fragilités, des coups de fatigue, des amours, des besoins sexuels, des obsessions, des addictions, une peur de vieillir qui transparaît tout au long de la pièce.

Et malgré ce pessimisme qui nous dépeint un monde plongé dans la folie barbare, une phrase nous sauve du gouffre ; comme le disait le Rabbin Nahman de Bratslav : « Si tu crois que l’on peut détruire, tu dois croire que l’on peut réparer ! » nous susurre Jacques Weber dans un dernier souffle.

Peut-être est-ce cela le message le plus important de ce texte, espérer un dernier sursaut afin de réparer le monde en devenant enfin maîtres de notre propre destin.


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