L'éthique au centre (Les Inrocks, article de Nelly Kaprièlian, le 23 novembre 2011)

logo-lesinrocks-239x72De la cohérence entre les mots et les actes : et si c’était là la base de tout engagement et de toute vérité ?

La semaine dernière, nous consacrions un dossier à la question des intellectuels engagés. Le prétexte : l’action de Bernard-Henri Lévy en Libye, narrée dans un livre qui restera et que l’on relira comme son grand texte, La Guerre sans l’aimer. Chacun des intellectuels contribuant à notre dossier posait la question de l’éthique au centre de celle de l’engagement. Même si l’écriture est déjà une action, comme disait Sartre, l’éthique résiderait dans une cohérence, si ce n’est un prolongement, entre les mots et les actes. En cela, il va bien falloir enfin reconnaître ce sens de l’éthique à BHL après son intervention durant le printemps libyen : le philosophe n’a jamais cessé de faire coïncider ses écrits, sa conception de la philosophie comme art de la guerre, et ses actes (en Bosnie, au Darfour, auprès de Massoud, etc.), fidèle à ce qu’il écrit depuis toujours.
Nous-mêmes, qui nous sommes longtemps méfiés du personnage, de son image, et puisqu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, nous reconnaissons aujourd’hui cela en lui comme une sorte d’exotisme précieux en un temps où la scission entre le dire et le faire semble être devenue la norme cynique. En politique, dans les médias, chez certains intellectuels (ou qui se prétendent tels), nous consommons tous les jours leur mantra, « faites ce que je dis mais pas ce que je fais », avec de plus en plus d’écoeurement. Seuls les saints sont dans leurs mots, me direz-vous. Non, il y a aussi les philosophes dignes de ce nom.
Spinoza le fut. Sartre aussi.
Et aujourd’hui, Bernard-Henri Lévy, que cela nous plaise ou non.
Nelly Kaprièlian


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