L’hommage de BHL à Otelo Saraiva de Carvalho

Otelo Saraiva de Carvalho © Giorgio Piredda/Sygma/Getty
Ce héros de la Révolution des Œillets, l’un des fameux « Capitaines d’avril » portugais qui ont fait tomber la dictature salazariste, s’est éteint à Lisbonne, ce 25 juillet à 84 ans. Bernard-Henri Lévy lui rend un vibrant hommage.

Je me souviens d’Otelo de Carvalho dont le seul nom promettait un mélange de fantaisie et de songe d’une nuit de printemps.

Je me souviens de ses traits d’acteur hollywoodien inquiet et résolu.

Je me souviens ce Don Quichotte blessé et courageux, qui voulait être le Georges Washington de la Révolution des Capitaines et que l’on soupçonna, sa vie durant, de se rêver Castro et de vouloir faire, entre Lisbonne et Porto, une république de havanes et de mitraillettes.

Je me souviens de l’atmosphère, autour de lui, de poudre sèche et de pistils fanés.

Je me souviens de cette « Condition humaine » version lusitanienne où l’on se demandait, chaque jour, qui serait le Mao, et qui le Tchan-Kaï-chek du soir – et dont il fut l’un des incontestables héros.

Il y avait, dans ce Lisbonne des étés 1974 et 1975, un je-ne-sais quoi de Shangaï 1927 mais contre-balancé par l’exubérance d’une insurrection que l’on aurait dite faite, non par des Gisors et des Kyo aux idées froides, mais par des Clappique pleins de théâtre – c’était cela, Otelo ; c’était tout cela; et l’annonce de sa mort m’inspire, ce soir, mélancolie et chagrin.

Bernard-Henri Lévy


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