L'opposition libyenne plaide sa cause à Paris (Le Figaro 23/03/2011)

manssour-saif-nasser_ali-zeidan_bhlDeux représentants du Conseil national de transition libyen ont demandé aux alliés occidentaux d’évincer Kadhafi, lors d’une rencontre avec des journalistes et des humanitaires organisée par Bernard-Henri Lévy.

Au sein de la rébellion libyenne, le département politique semble plus sophistiqué que la direction militaire. Mardi soir, dans un salon de l’hôtel Raphaël, où Bernard-Henri Lévy avait réuni le Tout-Paris médiatico-humanitaire, deux représentants du Conseil national de transition libyen (CNT) ont exposé un programme d’action à court et moyen terme parfaitement calibré, à même de rassurer le plus sceptique des observateurs occidentaux. Premier temps obligé de la prestation, l’expression de la reconnaissance. MM. Ali Zeidane (un peu anglophone) et Mansour Saïd-el-Nasser (parfaitement francophone) adressent leurs remerciements à la France, «patrie des droits de l’homme», et à son président, leader historique de la coalition faisant la guerre au «criminel» Kadhafi. Ils nous signalent qu’à Benghazi le drapeau tricolore flotte partout à côté du drapeau réhabilité du Roi Idriss, et que, sur la Corniche, les gosses chantent «One, two, three, merci Sarkozy!».

La deuxième partie de la Conférence de presse est, très logiquement, consacrée aux affaires stratégiques présentes. La guerre sanctionnée par l’Onu doit-elle aller jusqu’à déloger de force Kadhafi ? Oui, répondent les deux «Libyens libres», qui rêvent d’un jugement en bonne et due forme, où le tyran aurait à répondre de ses «crimes contre le peuple libyen», mais aussi de ses actes de «terrorisme international» – attentats contre les vols UTA et Pan Am, agressions répétées contre le territoire tchadien. «Avez-vous besoin d’une résolution de l’Onu qui autoriserait le déploiement de troupes au sol ?», demande Bernard Kouchner, redevenu journaliste, après un intermède de 45 ans consacré au sans-frontiérisme et au gouvernement. Après que, faute de réponse claire, l’ancien ministre des affaires étrangères a posé une seconde fois sa question, on obtient enfin la ligne du CNT, quant à ses demandes à la Coalition : continuation des frappes aériennes pour atteindre la destruction de tout l’armement lourd de Kadhafi (avions, chars, canons), fourniture d’armement à la rébellion, entraînement des soldats de l’insurrection . Pour ce qui concerne l’hallali final contre le dictateur, il faut en réserver l’«honneur» aux jeunes Libyens libres. A priori, donc, pas de SAS ou de Légionnaires pour faire le coup de poing en Tripolitaine ou en Cyrénaïque.

Le final de la Réunion du Raphaël porte sur le programme politique du futur État libéré de la tyrannie kadhafienne. Nos deux représentants ont 20/20 à toutes leurs réponses. Pas de partition du pays, pas de tribalisme, Tripoli capitale éternelle de la Libye. Pas de chasse aux Noirs, séparation du bon grain de l’ivraie entre pauvres immigrés et méchants mercenaires. Pas de lynchage de ces derniers, à qui on donnera le statut de prisonniers de guerre. Le régime futur ? Non seulement l’État sera démocratique, mais il sera aussi laïc, «comme en France», la religion devant rester «une affaire entre l’homme et son Dieu», comme le dit joliment M. Saïd -el-Nasser. Ouf, l’assistance est rassurée ; elle s’ébroue ; tout le monde se congratule, la première Conférence de presse du CNT à l’étranger a été un succès…

Photo : (c) Eric Feferberg/AFP


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